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2006 septembre — Rapport de la commissaire à l'environnement et au développement durable

Rapport de septembre 2006 — Chapitre 2

Encadré 2.1 — L'adaptation aux répercussions des changements climatiques dans les collectivités, les secteurs et les régions du Canada

Le Système d'alerte chaleur-santé de Toronto

Le nombre de journées d'été où la chaleur est accablante devrait augmenter à Toronto. L'environnement urbain — la concentration de rues asphaltées ainsi que de grands ensembles immobiliers et de structures de béton et de verre — accentue le problème en réémettant la chaleur. La chaleur accablante peut causer des problèmes de santé et la mort prématurée, faciliter la dissémination de certaines maladies et entraîner d'autres conséquences négatives qui sont associées aux changements climatiques. En se fondant sur des données de 1954 à 2000, le médecin-hygiéniste en chef de Toronto a estimé qu'en moyenne chaque année, à Toronto, 120 décès prématurés étaient attribuables à la chaleur. En 1999, le Bureau de la santé publique de Toronto a commencé à élaborer un système d'alerte chaleur-santé pour protéger la population et prévenir les décès prématurés. Le Système d'alerte chaleur-santé de Toronto est fondé sur la relation historique entre les décès dus à la chaleur et certaines conditions météorologiques. Les responsables analysent les prévisions météorologiques quotidiennes d'Environnement Canada pour déterminer quand le médecin-hygiéniste en chef de Toronto doit diffuser une « alerte à la chaleur » ou une « alerte à la chaleur extrême ». Lorsqu'une alerte à la chaleur extrême est déclarée par le médecin-hygiéniste en chef, une intervention concertée des principaux organismes de la ville et des partenaires communautaires est déclenchée. Les mesures prévues comprennent des communications diffusées par les médias sur les moyens de se rafraîchir, l'activation d'une ligne téléphonique d'information, des mesures pour protéger les personnes isolées ou vulnérables, l'ouverture de centres de rafraîchissement, et la visite au domicile des personnes à risque par les services médicaux d'urgence. Les stratégies d'adaptation à long terme comprennent la reforestation urbaine et la pose de surfaces réfléchissantes sur les toits et les routes.

La fonte du pergélisol fragilise l'infrastructure dans le Nord

L'abondance des ressources minérales, pétrolières et gazières du Canada augure favorablement pour l'expansion économique du Nord. Selon les estimations de Ressources naturelles Canada, la production de diamants a atteint la valeur de 1,7 milliard de dollars en 2005. Cependant, l'insuffisance de l'infrastructure des transports, aggravée par l'augmentation des températures et la fonte du pergélisol, nuit à la mise en valeur des ressources naturelles dans le Nord. Les hausses de 4° à 5 °C des températures prévues dans la région ouest de l'Arctique d'ici 2080 entraîneront probablement la fonte d'une grande partie du pergélisol. La fonte du pergélisol réduit la force portante des terrains, provoque l'affaissement de la surface du sol et fait craindre pour la stabilité des routes, des pistes des aéroports, des pipelines, de l'approvisionnement en eau, des structures d'évacuation des eaux usées, et des vieux bâtiments. La hausse des températures pourrait provoquer des dommages matériels aux fondations des infrastructures. Une « route de glace » est une route temporaire aménagée sur la surface des rivières et des lacs gelés. La saison où les « routes de glace » sont praticables pourrait être réduite de beaucoup. Pour maintenir l'accès par voie terrestre aux régions nordiques du Canada, il est donc essentiel de stabiliser l'infrastructure existante et de mettre au point de nouvelles méthodes de construction.

Les sécheresses dans les Prairies mettent en péril la production agricole

Les Prairies canadiennes ont toujours été sujettes aux sécheresses, et de nombreux modèles climatiques prévoient que la fréquence et l'étendue des sécheresses augmenteront avec la hausse des températures. Les sécheresses provoquent l'assèchement des sols et l'évaporation des eaux de surface en été, font augmenter le risque de mauvaises récoltes et contribuent à l'érosion des sols et à la désertification. Leurs effets pourraient être trop profonds pour être contrebalancés par une année humide de temps à autre, à la suite de phénomènes atmosphériques extrêmes. Une sécheresse grave pourrait avoir un effet dévastateur sur l'économie. En 2001, par exemple, les stocks de bétail de l'Alberta ont chuté en raison de la rareté de l'eau et de la nourriture; certaines récoltes ont été presque entièrement perdues; et les revenus agricoles nets ont été nuls en Alberta tandis que la Saskatchewan accusait un déficit à ce chapitre. Dans ces deux provinces, les paiements de l'assurance-récolte ont grimpé et sont passés d'environ 600 millions de dollars en 2001 à près de 1,9 milliard de dollars l'année suivante. L'Administration du rétablissement agricole des Prairies aide les fermiers à faire face aux sécheresses de plusieurs façons depuis sa création il y a plus de 70 ans. Étant donné les effets à long terme possibles des changements climatiques, comme les sécheresses prolongées, l'aide aux fermiers pourrait exiger des stratégies d'adaptation à long terme.

Les dendroctones ravagent les forêts de pin de la Colombie-Britannique

Le dendroctone du pin pond ses œufs sous l'écorce des pins tordus latifoliés qu'on trouve dans l'ensemble de l'ouest de l'Amérique du Nord. Les larves qui en émergent se nourrissent de l'écorce interne et l'insecte introduit un champignon du bleuissement qui altère la couleur de l'aubier de l'arbre. L'action combinée des larves et du champignon tue la plupart des arbres infestés. Des températures beaucoup plus froides en automne, en hiver et au printemps sont nécessaires pour freiner la croissance de la population de dendroctones; les étés chauds et secs rendent les arbres plus vulnérables aux infestations. Au cours des dernières décennies, la Colombie-Britannique a connu une évolution des conditions climatiques, notamment des hivers plus chauds, ce qui a permis aux populations de dendroctones du pin de se répandre. Au fur et à mesure que le climat évoluera, les dendroctones du pin continueront probablement de progresser vers de nouveaux habitats. L'infestation actuelle dans l'ouest et le centre de la Colombie-Britannique est la plus importante que la province a connue. Elle touchait 8,7 millions d'hectares de forêt en 2005, endommageant l'habitat de la faune, réduisant la biodiversité et menaçant le moyen de subsistance de quelque 30 collectivités et de 25 000 familles. L'exploitation accélérée des arbres morts permet de les couper avant qu'ils ne perdent leur valeur, mais il faudra plusieurs décennies pour que ces forêts se régénèrent. En 2002, le gouvernement fédéral a lancé le Programme sur le dendroctone du pin, une initiative de 40 millions de dollars sur 6 ans, qui visait à étudier les répercussions des infestations et les moyens d'en atténuer les effets. Le Programme vise aussi à fournir de l'aide technique et financière pour restaurer les terres forestières et réduire le risque de nouvelles éclosions, et comporte des activités de recherche sur les effets éventuels des changements climatiques sur les infestations.

Ensemble de la région touchée par les infestations de dendroctones dans l'ouest du Canada