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1998 — Rapport de la commissaire à l'environnement et au développement durable

Rapport de 1998 — Chapitre 4

Annexe — L'agriculture et la biodiversité

En novembre 1997, Agriculture et Agroalimentaire Canada, de concert avec l'Agence canadienne d'inspection des aliments, a publié son plan d'action en matière de biodiversité. Ce plan constitue également un volet de la stratégie de développement durable du Ministère. Il faut féliciter celui-ci pour ses efforts, car il est l'un des premiers ministères fédéraux à mettre en oeuvre la Stratégie canadienne de la biodiversité .

L'environnement fournit bon nombre des intrants requis pour la production agricole tels que l'eau, l'énergie, les nutriments, les sols et les ressources biologiques. Au Canada, l'agriculture repose sur la biodiversité avec laquelle elle interagit aux niveaux des ressources génétiques, des espèces et des écosystèmes; par le passé, cette interaction a plutôt nui à la biodiversité naturelle. Les producteurs agricoles emploient diverses techniques pour réprimer les espèces qui menacent l'approvisionnement alimentaire (y compris la génétique, les pesticides, les herbicides, le travail du sol et la lutte biologique). Les figures 1 et 2 montrent que les régions où, selon l'évaluation d'Environnement Canada, les risques pour la biodiversité naturelle sont élevés, sont fortement marquées par la modification du paysage attribuable aux activités humaines, notamment l'agriculture, l'aménagement de voies de passage et l'urbanisation.



Avant de cultiver pour la première fois, il faut défricher la terre et la transformer pour l'agriculture, un processus qui, avec le temps, bouleverse, voire élimine, des écosystèmes et des paysages naturels; par exemple, dans les Prairies, où se trouvent 85 p. 100 des terres agricoles du Canada, on estime qu'il ne reste qu'environ 1 p. 100 des prairies d'herbes hautes, 24 p. 100 des prairies mixtes et 5 p. 100 des prairies à fétuques.

Par ailleurs, d'importants changements fonciers se sont produits dans les terres agricoles. Face à la pression du marché, l'agriculture est devenue plus intensive sur les terres les plus productives, ce qui accroît les risques pour la biodiversité sur les surfaces cultivées. Il est toutefois important de noter que, si la valeur de la production agricole annuelle (mesurée en dollars constants) a augmenté d'environ 64 p. 100 depuis 1971, cette productivité, comme l'indique Statistique Canada, s'est réalisée sans que l'on empiète beaucoup sur les habitats fauniques ni sur d'autres terres marginales qui ne conviennent guère à la production alimentaire (la quantité totale des terres agricoles productives a décru d'un pour cent depuis 1971).

À cause de la demande de consommation et des pressions du marché, la production agricole se limite à un faible nombre d'espèces domestiques de plantes cultivées et d'animaux. Ainsi, on estime qu'à l'échelle planétaire, trois plantes cultivées - le blé, le riz et le maïs - fournissent environ 60 p. 100 des calories et 56 p. 100 des protéines que les humains tirent directement des végétaux. En outre, nous n'avons domestiqué que quelques espèces animales et la reproduction sélective qui a mené à l'accroissement de la productivité et à l'uniformité a réduit le fonds génétique des animaux, des végétaux et des microorganismes utilisés en agriculture et en agroalimentaire. Par exemple, la plupart des bovins laitiers du Canada sont des Holstein et 80 p. 100 de tous les Holstein des grands centres d'insémination artificielle ne descendent que de 20 géniteurs. La dépendance envers un faible nombre d'espèces moins diversifiées génétiquement augmente le risque que les ravageurs et les maladies abîment les récoltes.

Le Ministère et le secteur agricole et agroalimentaire s'efforcent de préserver la diversité génétique et les souches parentales des cultures actuelles à haut rendement par la collecte de semences et par leur stockage dans des banques de gènes. D'un point de vue logistique, cependant, un tel processus est plus difficile quand il s'agit d'animaux. La préservation des souches animales demande en effet une combinaison judicieuse de biotechnologie moderne et de maintien des souches parentales dans des troupeaux ou des cheptels de races rares qui n'ont pas forcément une valeur commerciale directe.

On commence à mieux comprendre comment gérer l'agriculture et la biodiversité pour le bien commun. En outre, de nombreuses initiatives sont en marche tant au Ministère que dans le secteur agricole et agroalimentaire. Par exemple, les producteurs pratiquant la fenaison et le broutage différés fournissent un couvre-sol aux jeunes espèces sauvages qui sont vulnérables. Le Ministère a profité de cette sensibilisation nouvelle pour produire son plan d'action. Ce qui suit décrit l'établissement du plan.

Le plan d'action
Pour Agriculture et Agroalimentaire Canada, le défi consistait à produire un plan d'action en matière de biodiversité qui reconnaisse les partenaires du Ministère, qui soit à l'écoute de sa clientèle et qui concilie les facteurs environnementaux et les facteurs économiques. Les partenaires clés du Ministère sont les provinces qui, selon la Constitution, partagent la compétence en agriculture et sont investies de pouvoirs réglementaires sur l'utilisation foncière.

L'expérience du Ministère laisse entrevoir plusieurs leçons utiles aux autres ministères :

  • La collaboration des intervenants est essentielle. Le plan d'action s'est inspiré de la collaboration habituelle du Ministère et du secteur dans le domaine de la diversité biologique. Le plan est donc le fruit de consultations, qui ont débuté en 1996, avec des écologistes, des producteurs et des fonctionnaires provinciaux ainsi qu'avec d'autres ministères fédéraux.
  • Les personnes travaillant sur le plan sont motivées. Un comité inter-directions générales, présidé par le Bureau de l'environnement du Ministère, a été chargé d'élaborer le plan. Ses membres étaient reconnus pour le grand intérêt qu'ils manifestent envers la biodiversité, ce qui a contribué au succès des travaux du comité.
  • Le plan a pu être établi avec des ressources limitées. Nous avons trouvé difficile de déterminer l'ampleur exacte des ressources utilisées pour élaborer le plan. Cela a sans doute demandé environ cinq années-personnes par an pendant deux ans.
  • Le plan s'intègre aux initiatives en cours. Le plan d'action énonce quatre buts : promouvoir la durabilité, accroître la sensibilisation, conserver les ressources génétiques et les connaissances sur ce sujet et y donner accès, et intégrer les objectifs de conservation de la biodiversité aux politiques et aux programmes du Ministère. Environ le tiers des actions figurant dans le plan exigent de nouveaux efforts de la part du Ministère, le reste consistant à poursuivre les initiatives antérieures liées à la biodiversité. Bon nombre de ces actions soutiennent le secteur tout en visant la diversité biologique. Ainsi, la Direction générale de la recherche prévoit étudier la biodiversité pour identifier les plantes cultivées dont la résistance génétique aux maladies a été améliorée et chercher de nouvelles plantes cultivées pour diversifier davantage le secteur.
Le Ministère a terminé un plan d'action en matière de biodiversité qui tend à prendre en compte son propre contexte et les préoccupations des intervenants. Ce plan porte sur les façons dont le secteur agricole et agroalimentaire pourrait profiter de la biodiversité tout en étant davantage sensibilisé aux enjeux connexes. Il définit, pour le Ministère, un triple rôle de facilitateur, d'informateur et d'accompagnateur, une démarche que celui-ci estime essentielle à la réussite.

Les prochaines étapes
Le plan d'action en matière de biodiversité d'Agriculture et Agroalimentaire Canada soulève - ou parfois passe sous silence - plusieurs enjeux que le Ministère ou le Bureau de la Convention sur la biodiversité devraient, à notre avis, aborder. Ces enjeux pourraient également apporter des leçons utiles à d'autres ministères qui élaborent leurs propres plans d'action en matière de biodiversité.

  • Il faut fournir de l'information sur les échéanciers, les résultats escomptés, les indicateurs de la performance et la quantité de ressources que le Ministère consacre à la biodiversité. Des mots comme « encourager » et « promouvoir » sont employés dans le plan pour décrire ce qui va se produire, mais il n'y a pas grand-chose sur l'ampleur et le calendrier des efforts prévus ou sur les résultats escomptés. Le manque de renseignements sur les coûts limitera l'aptitude à décider quelles mesures n'ont pas été rentables et quelles mesures mériteraient un surcroît de ressources dans l'avenir. En outre, le Ministère court le risque que, sans un devis estimatif, les initiatives prévues demandent plus de ressources qu'il n'en est offert.
  • Il faut davantage d'information scientifique pour soutenir les mesures exposées dans le plan. Ce besoin vient à un moment où le gouvernement subit des coupes importantes. Étant donné les compressions financières, il n'existe aucune solution toute faite pour répondre à une telle demande; cependant, la carence de renseignements scientifiques affectera le plan d'action. Plus nos connaissances sur la biodiversité agricole seront complètes, mieux le secteur parviendra à améliorer la qualité des sols, des cultures et des écosystèmes agricoles.
  • Il faut des indicateurs de la diversité des espèces domestiquées. Le Ministère est en train d'élaborer un indicateur de la diversité des espèces sauvages sur les terres agricoles, mais il doit également en faire autant pour la diversité des espèces domestiquées. Certaines étapes proposées dans son plan d'action se rapportent directement aux efforts déployés pour diversifier les plantes et les animaux domestiqués. En outre, la sécurité économique à long terme du secteur dépend en partie de l'existence de multiples produits. Le Ministère doit élaborer des indicateurs de la diversification dans le secteur à tous les niveaux de la biodiversité - ressources génétiques, espèces et écosystèmes.
  • Il faut évaluer et intégrer le plan d'action d'Agriculture et Agroalimentaire Canada en matière de biodiversité aux plans des autres ministères et à la Stratégie canadienne de la biodiversité . Par le passé, le Ministère se voulait le porte-parole du secteur et craignait que d'autres ministères fixent des objectifs préjudiciables au secteur. Cela étant dit, il faut maintenant un processus qui fasse en sorte que les plans du Ministère complètent les objectifs des autres ministères fédéraux et que les exigences globales de la Stratégie soient respectées. Le plan d'action du Ministère en matière de diversité biologique reconnaît également ce besoin.
En conclusion, le Ministère a établi, malgré des ressources limitées, un plan d'action qui énonce les façons dont le secteur agricole et agroalimentaire pourrait profiter de la biodiversité tout en devenant plus sensible aux enjeux entourant cette diversité et à sa conservation. Toutefois, avec l'aide d'autres ministères fédéraux, du secteur et du Bureau de la Convention sur la biodiversité, il reste au Ministère à relever plusieurs défis de taille.