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1993 — Rapport du vérificateur général du Canada

Chapitre 6 — La réforme de la fonction publique du Canada et les enseignements tirés de pays choisis

Points saillants

Introduction

Objet et étendue de l'étude

Les facteurs sous-jacents à la réforme et leur incidence

Une conjoncture économique en mutation

Au Canada, les restrictions budgétaires n'ont été que l'un des facteurs qui ont influencé FP 2000 et la restructuration de juin 1993
En Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, la réforme de la fonction publique s'est inscrite dans le cadre de grands changements, notamment à cause de l'état de l'économie
En Australie, les pressions économiques ont exercé une influence grandissante à mesure que se déroulaient les réformes de la gestion des années 80

Accroissement et changements des attentes du public vis-à-vis du gouvernement

Un effet des changements dans les attentes du public vis-à-vis du gouvernement est l'importance accrue accordée au service au public

Le besoin de moderniser la gestion de la fonction publique

FP 2000 propose une nouvelle approche de la gestion — une nouvelle philosophie de gestion
Il y avait des lacunes en matière de gestion des ressources humaines; un besoin de «renouvellement» se faisait sentir
La séparation de la fonction d'élaboration des politiques de la fonction opérationnelle constitue l'une des réformes de la dernière décennie

La réforme de la fonction publique dans les quatre pays : des thèmes communs

Un accent sur les résultats et sur l'obligation de rendre compte

Dans les quatre pays, la réforme a eu comme thème central une plus grande attention portée aux résultats, y compris leur coût et l'obligation d'en rendre compte

Délégation de pouvoirs et habilitation

La délégation de pouvoirs et l'habilitation sont nécessaires pour atteindre les résultats

La rationalisation et la simplification des systèmes administratifs

La rationalisation des systèmes administratifs contribue à mettre l'accent sur le service au public

Une approche de la gestion des ressources qui s'inspire davantage d'un esprit d'entreprise

Les contraintes sur les ressources conduisent à l'utilisation d'une approche qui s'inspire davantage d'un esprit d'entreprise

Les progrès réalisés et les problèmes de mise en oeuvre des réformes

FP 2000 : là où il y a eu des progrès

Quelques progrès ont été accomplis

FP 2000 : des difficultés dans la mise en oeuvre

Des messages contradictoires depuis les débuts de FP 2000
Une gestion des attentes et de la communication qui laisse à désirer
Un engagement pas toujours évident

Les progrès réalisés dans les trois pays choisis pour étude

La mise en oeuvre de la réforme de la fonction publique dans les trois pays choisis pour étude

Le leadership et un engagement manifestes de la part des élus sont essentiels
Le leadership soutenu du «centre» est crucial
Les réformes de la fonction publique doivent être gérées d'un point de vue stratégique

Quels enseignements pouvons-nous tirer?

Il est nécessaire que l'on aborde la gestion publique et la réforme de la fonction publique d'une manière plus stratégique

On doit porter une attention accrue aux liens entre les résultats et les coûts encourus pour les atteindre

Pour atteindre des résultats, il faut mettre en valeur l'obligation de rendre compte tout autant que la délégation de pouvoirs

Conclusion

Un appui soutenu à la réforme est crucial; l'engagement des élus jouera un rôle de premier plan

Vérificateur général adjoint : Robert R. Lalonde
Vérificateur responsable : John Holmes

Points saillants

6.1 En décembre 1989, le gouvernement annonçait une initiative de «renouvellement» de la fonction publique appelée Fonction publique 2000 (FP 2000). L'objet de l'initiative est de rationaliser les régimes administratifs internes et de changer la culture organisationnelle du gouvernement afin de mieux servir les Canadiens. La présente étude vise à renseigner le Parlement sur les progrès accomplis à la suite de cette initiative d'envergure, de même que sur sa pertinence et son importance dans le contexte actuel. Nous nous sommes également penchés sur FP 2000 à la lueur des réformes en cours dans des «pays choisis», nommément l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

6.2 Trois des facteurs communs les plus importants sous-jacents aux réformes en cours au Canada et dans les trois pays étudiés sont :

  • une conjoncture économique en mutation;
  • un accroissement et des changements dans les attentes du public vis-à-vis du gouvernement;
  • la nécessité de moderniser la gestion de la fonction publique.
Les réformes dans ces pays ont beaucoup d'éléments en commun : par exemple, une attention accrue portée aux résultats et l'obligation d'en rendre compte.

6.3 FP 2000 a fait d'important progrès, notamment en termes de changements législatifs et de la modification des systèmes. En contrepartie, nous avons relevé de sérieuses préoccupations au sujet, notamment, de la mise en oeuvre, et nous avons constaté qu'une atmosphère de scepticisme et de cynisme entourait cette initiative.

6.4 Notre étude nous a permis de dégager plusieurs observations susceptibles d'avoir une grande portée sur les réformes actuelles et futures de la fonction publique canadienne :

  • pour qu'elles réussissent, les initiatives de réforme de la fonction publique doivent s'inscrire dans le cadre plus vaste de la gestion des politiques et des budgets du gouvernement;
  • il importe de faire appel à une approche qui soit davantage de nature stratégique : la réforme doit procéder d'une vision élaborée à la suite d'un réexamen réaliste et de la détermination des services à offrir ou pas, compte tenu des ressources, de même que du rôle futur de la fonction publique;
  • pour favoriser l'optimisation des ressources et le rendement, il importe de se concentrer davantage sur les extrants et les résultats des programmes publics et leur coût; la délégation de pouvoirs doit s'accompagner d'un resserrement correspondant de l'obligation de rendre compte;
  • compte tenu de l'initiative de restructuration annoncée en juin 1993, il est plus urgent que jamais de continuer à appliquer les principes proposés par l'initiative de renouvellement;
  • il faut qu'un appui soutenu au renouvellement soit une priorité; le leadership et l'appui des élus - que traduisent des gestes porteurs d'engagement - sont d'importance capitale pour la réussite de la réforme.

Introduction

6.5 En décembre 1989, le gouvernement annonçait un processus de réforme et de renouvellement de la fonction publique fédérale. À ce moment, le Premier ministre a dit de l'initiative en question, appelée Fonction publique 2000 (FP 2000), qu'il s'agissait de «la politique du gouvernement du Canada concernant les mesures à prendre pour sauvegarder et promouvoir l'efficacité et l'excellence de la fonction publique et, partant, lui permettre de continuer de bien servir les Canadiens au XXIe siècle».

6.6 Au moment d'annoncer FP 2000, le Premier ministre a déclaré que l'objet principal de ce projet était «de favoriser l'essor d'une fonction publique :

  • qui se caractérise. . .par son profond souci de bien servir le public,
  • qui considère ses employés comme un atout à mettre en valeur,
  • qui met le plus de pouvoirs possible entre les mains des employés et gestionnaires qui traitent directement avec le public. . .»
Il a ajouté que

  • «[...] le système gouvernemental d'embauchage et d'administration du personnel sera simplifié et allégé au profit des gestionnaires et des employés tout à la fois,
  • les contrôles administratifs centraux seront réduits afin de laisser aux sous-ministres plus de latitude pour gérer leurs ministères et de les rendre plus distinctement comptables des résultats,
  • le rôle des organismes centraux et des différents systèmes gouvernementaux d'administration du personnel et de contrôle administratif sera précisé et simplifié,
  • de nouveaux moyens seront conçus pour accroître l'efficacité et améliorer les méthodes d'exécution des programmes.»
6.7 Plus tôt cette même année, le rapport annuel du Bureau exhortait le gouvernement à réformer les méthodes de gestion auxquelles étaient soumis les fonctionnaires :

«Pour que la fonction publique fédérale soit en mesure de faire face aux défis que pose l'avenir, il faut réformer la structure administrative et législative qui régit les gens. Il faut donner une nouvelle dimension créative à la gestion des fonctionnaires du Canada. [...] Ce qu'il faut, c'est une simplification du cadre institutionnel ainsi que la rationalisation de la façon dont on gère les ressources humaines. [...] Si le gouvernement est sérieux en ce qui concerne son objectif de gérer de façon plus productive, le moment est venu de passer aux actes.»
6.8 D'emblée, le Bureau a manifesté son appui à FP 2000 car cette initiative semblait reposer sur des principes que préconise le Bureau, répondre à un certain nombre de ses préoccupations et offrir l'occasion d'opérer des changements dont les besoins se font grandement sentir.

Objet et étendue de l'étude

6.9 La présente étude vise à renseigner le Parlement sur l'évolution de FP 2000 - une initiative d'envergure du gouvernement - notamment sur sa pertinence et son importance face aux questions de l'heure et à celles qui émergent, et à la lueur des réformes entreprises en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni (des «pays choisis»).

6.10 Notre choix s'est arrêté sur les pays en question en raison des programmes de réforme d'envergure que chacun deux a entrepris et de la présence d'un régime gouvernemental qui se compare sous bien des rapports à celui du Canada. Les pièces 6.1 à 6.4 , à la fin de ce chapitre, récapitulent les événements et les réformes d'importance qui ont eu lieu au Canada et dans chacun des trois autres pays.

6.11 Le 25 juin 1993, le gouvernement du Canada annonçait les changements qu'il entendait apporter à l'appareil gouvernemental, y compris la réorganisation, la restructuration et la rationalisation des ministères et organismes (l'initiative dite de «restructuration»). Si nous étions sur le point de conclure notre étude au moment de cette annonce, les opinions exprimées dans notre rapport tiennent compte du fait que cette initiative avait été mise en route.

6.12 Bien que le présent rapport mette en lumière certaines ressemblances et certaines distinctions entre le régime de gestion de la fonction publique du Canada et celui des pays choisis pour étude, nous n'avons pas entrepris d'évaluer la qualité relative de ces régimes de gestion. Il convient de noter également que nulle section du présent rapport ne doit être interprétée comme étant une comparaison, explicite ou implicite, du rendement des fonctions publiques examinées.

6.13 Dans le cadre de l'étude, nous avons examiné en profondeur la documentation disponible sur la question, y compris des documents officiels. De plus, nous avons tiré profit :

  • des opinions de hauts fonctionnaires actuels et anciens et d'autres personnes-ressources qui possèdent une bonne connaissance des réformes entreprises dans les trois pays choisis pour étude, soit environ 100 personnes au total, dont la plupart ont été interviewées;
  • du point de vue d'environ 400 hauts fonctionnaires canadiens, actuels et anciens, recueilli principalement au moyen de groupes de discussion tenus en 1993, et organisés par le Centre canadien de gestion et le Secrétariat du Conseil du Trésor;
  • des opinions de 16 sous-ministres, actuels et anciens, recueillies au cours d'entrevues qui ont eu lieu, à une exception près, avant l'annonce de l'initiative de restructuration.
6.14 Aux fins du présent chapitre, «fonction publique» s'entend des organismes - normalement des ministères ou des entités équivalentes - qui relèvent directement d'un ministre et qui appuient ce dernier dans l'exécution de ses fonctions. Le «secteur public» englobe la fonction publique et d'autres entités, tels des organismes, des tribunaux et des sociétés propriété de l'État, qui exercent leurs activités avec une plus grande autonomie.

Les facteurs sous-jacents à la réforme et leur incidence

6.15 Un certain nombre de facteurs communs et reliés entre eux ont influencé la réforme entreprise au Canada et dans les trois pays choisis pour étude. En contrepartie, il est utile de signaler des caractéristiques propres à l'un ou l'autre de ces pays. Par exemple :

  • Le Canada et l'Australie sont des États fédéraux, tandis que le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande sont des États unitaires; en conséquence, certaines des activités assurées par le gouvernement national dans le cas des deux derniers pays mentionnés - notamment en ce qui concerne la prestation de services - sont prises en charge par les gouvernements provinciaux au Canada ou par les gouvernements des États en Australie.
  • Si les quatre pays sont dotés de régimes parlementaires inspirés du modèle de «Westminster», leurs traits distinctifs influent sur la facilité avec laquelle ils ont pu apporter des changements, et par conséquent, sur la nature de la réforme entreprise; ainsi, si le système parlementaire néo-zélandais est monocaméral, le Parlement d'Australie compte une Chambre des représentants et un Sénat élu.
  • Le climat général dans lequel se déroule le changement, par exemple, la mesure dans laquelle la fonction publique est bien ou mal perçue par le gouvernement au pouvoir et le grand public, ainsi que d'autres facteurs tels le régime et le climat des relations de travail.
6.16 Trois des facteurs communs les plus importants qui sont sous-jacents aux réformes sont :

  • une conjoncture économique en mutation;
  • un accroissement et des changements dans les attentes du public vis-à-vis du gouvernement;
  • la nécessité de moderniser la gestion de la fonction publique.

Une conjoncture économique en mutation

6.17 Le Canada, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et le Royaume-Uni figurent parmi les 24 membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ce groupe de pays dont le Japon, les États-Unis et un certain nombre d'États européens, a connu un essor économique sans précédent pendant les années 60. Par contre, des pressions économiques sont venues assombrir le tableau au cours des années 70, comme l'effondrement du système de taux de change fixe et le «choc pétrolier» de 1973, pour ne nommer que celles-là. Cet état de choses a provoqué peu à peu le ralentissement de l'économie des pays de l'OCDE et du taux de croissance des recettes des gouvernements. Par contre, les dépenses des États ont poursuivi leur course ascendante, de façon générale. C'est ainsi que le déficit budgétaire est devenu un phénomène fréquent et continuel dans bon nombre de pays au cours des années 70.

6.18 La mondialisation de l'économie et une compétitivité entre nations qui vont s'intensifiant amènent de nombreux États à opérer des ajustements structurels dans leur économie. La récession mondiale de longue durée que nous connaissons a dégradé la situation financière des pays. Sous l'effet de ces pressions économiques importantes, les gouvernements ont entrepris d'examiner de plus près leur rôle et leurs politiques, suivant le point de vue énoncé dans un rapport publié en 1987 par l'Organisation de coopération et de développement économique, selon lequel

« [...] il est tout à fait naturel que l'équilibre entre secteur public et secteur privé et, de fait, l'interaction entre l'action des pouvoirs publics et l'initiative privée doivent être adaptés aux nouvelles circonstances.»
Au Canada, les restrictions budgétaires n'ont été que l'un des facteurs qui ont influencé FP 2000 et la restructuration de juin 1993
6.19 À la fin des années 80, la fonction publique fédérale avait déjà subi des compressions budgétaires dans le cadre des programmes de mesures d'austérité du gouvernement, depuis une décennie. Les effets cumulés de ces programmes ont mis en relief les préoccupations provoquées par la lourdeur, la rigidité et le coût des systèmes de gestion internes, notamment les systèmes de classification et de dotation en personnel.

6.20 Il ne faisait aucun doute que les mesures d'austérité se poursuivraient. En même temps, les inquiétudes s'intensifiaient au sujet des effets adverses que pouvaient avoir les diminutions d'années-personnes et les mesures d'économie sur le service au public. Plusieurs ministères avaient lancé leurs propres programmes d'amélioration des méthodes de gestion. Les pressions de source externe en faveur du changement se faisaient sentir de plus en plus. Il devenait évident qu'il fallait modifier en profondeur, à l'échelle de la fonction publique, les systèmes administratifs internes, tout particulièrement les pratiques de gestion des ressources humaines. FP 2000 fut la réponse du gouvernement.

6.21 Les deux premières étapes de l'initiative de restructuration annoncée en juin 1993 consistent à restructurer et à rationaliser les ministères, puis à optimiser la prestation de services. Des hauts fonctionnaires nous ont déclaré que ces changements avaient principalement pour objet «d'adapter nos organisations pour qu'elles soient mieux en mesure de donner suite aux priorités en matière de politique gouvernementale au cours des années 90». La troisième étape doit éventuellement appuyer la prise de décisions, dans le contexte des politiques gouvernementales et de la budgétisation pour l'année 1994 et les années suivantes, en ce qui a trait aux secteurs d'activité dans lesquels le gouvernement devrait intervenir ou pas au cours des années 90 et au XXIe siècle. Cette troisième étape témoigne des préoccupations accrues au sujet du déficit chronique et de la dette grandissante du Canada, et des services que l'État peut offrir ou pas, compte tenu des ressources dont il dispose.

En Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, la réforme de la fonction publique s'est inscrite dans le cadre de grands changements, notamment à cause de l'état de l'économie
6.22 En 1984, la situation économique de la Nouvelle-Zélande avait atteint l'état de crise et il fallait mettre en oeuvre des solutions radicales pour en venir à bout. Ce qui fut remis en question, c'est le rôle du gouvernement, ainsi que la nature et l'éventail des services qu'il offrait. Des politiques économiques et sociales, en vigueur de longue date et tenues pour acquises, ont été modifiées. La taille de l'appareil gouvernemental a diminué et l'État a réduit son emprise. Plusieurs organismes à vocation commerciale, telles des banques et des sociétés d'assurances qui faisaient partie auparavant de la fonction publique, ont été transformés en sociétés d'État, puis privatisés; la réglementation de l'activité économique a été atténuée et les barrières tarifaires ont été réduites. Les subventions au secteur privé par le secteur public ont été, à toutes fins pratiques, supprimées. De 1984 à 1992, la fonction publique a été amputée des deux tiers de ses employés et des changements majeurs ont été apportés à sa structure et à sa gestion.

6.23 En 1976, le Royaume-Uni a été secoué par une crise monétaire importante qui a suscité l'intervention du Fonds monétaire international. On se posait des questions sur la capacité du gouvernement de gérer l'économie. Le nouveau gouvernement, élu en 1979, a cherché à diminuer le coût de l'appareil de l'État et à alléger le fardeau fiscal. Sous la direction ferme de la Première ministre, les méthodes traditionnelles de la fonction publique ont été remises en question, et une approche qui s'inspire davantage d'un esprit d'entreprise a été privilégiée. Dans l'ensemble, le gouvernement a cherché à minimiser le rôle du secteur public dans l'économie par la privatisation et par d'autres moyens.

6.24 La réforme de la fonction publique au Royaume-Uni a débuté par le lancement d'un programme dont l'objet consistait à déceler des potentiels d'économie et des moyens d'augmenter l'efficience grâce à une série d'examens minutieux ( scrutinies) effectués sous la direction du Groupe d'efficience du Premier ministre ( Prime Minister's Efficiency Unit) . Ces examens ont mis en évidence la nécessité d'une meilleure gestion financière, et ont débouché sur un projet d'envergure visant à recueillir l'information sur les coûts et les résultats, information nécessaire à un accroissement de la productivité. Au fil des réformes financières, il est devenu évident que la culture organisationnelle de la fonction publique constituait un obstacle sérieux à tout nouveau progrès. On a donc modifié la structure organisationnelle de façon importante et les organismes d'exécution ( Next Steps agencies ) ont vu le jour (voir à ce propos le paragraphe 6.46).

En Australie, les pressions économiques ont exercé une influence grandissante à mesure que se déroulaient les réformes de la gestion des années 80
6.25 Nous avons appris que la réforme de la fonction publique en Australie fut au début considérée comme un programme distinct, n'ayant aucun lien étroit avec les problèmes économiques. Elle visait davantage l'utilisation efficiente et efficace des ressources. Le rapport que faisait paraître en juillet 1993 le gouvernement de l'Australie à la suite de son évaluation du programme de réformes qui s'est déroulée au cours de la décennie écoulée mentionne par contre que, selon les déclarations officielles concernant les objectifs : «à partir de 1984, une plus grande importance était accordée aux restrictions qui pesaient sur les ressources de la fonction publique». Ceci était dû en grande partie à une diminution importante des termes de l'échange de l'Australie en 1985, notamment les prix payés pour les produits australiens sur les marchés internationaux.

Accroissement et changements des attentes du public vis-à-vis du gouvernement

6.26 En dépit de la détérioration de la situation économique que connaissent nombre de pays industrialisés et de l'escalade des coûts des programmes gouvernementaux actuels, le public continue de réclamer des services publics, en plus grand nombre et de meilleure qualité, par exemple, des programmes de protection de l'environnement ou des mesures pour améliorer la sécurité sociale.

6.27 La société modifie aussi ses exigences à l'égard du secteur public. L'une de ces exigences, appropriée pour le Canada, est une demande pour que les secteurs public et privé collaborent plus étroitement pour rehausser la compétitivité du pays sur le marché international. Dans la même optique, un grand nombre de groupes de pression et d'autres intervenants revendiquent un rôle plus direct dans l'élaboration de la politique gouvernementale et dans l'administration des programmes de l'État.

6.28 Les lacunes perçues dans les politiques antérieures et la difficulté apparente qu'ont les gouvernements à venir à bout des problèmes sociaux et économiques de l'heure sont autant de raisons qui expliquent la perte de confiance dans les institutions gouvernementales et dans les chefs politiques, d'ores et déjà manifeste dans de nombreux pays.

6.29 En parallèle avec l'accent mis sur la qualité des services dans le secteur privé, il semble que le public attend du gouvernement qu'il offre également des services de plus grande qualité. Les attentes du public concernent la sensibilité du gouvernement aux besoins de clientèles particulières, de même que l'accessibilité et l'opportunité des services, ainsi que leur prestation efficiente par un personnel courtois.

6.30 Les changements dans les attentes du public se manifestent également par les demandes pour une ouverture et une transparence plus grandes du gouvernement, et une obligation de mieux rendre compte des décisions prises. Plus particulièrement, le public désire être mieux renseigné et connaître les motifs à l'appui des décisions du gouvernement. S'ajoute à ces revendications une demande pour une meilleure communication de la nature et de la provenance des conseils en matière de politique que reçoivent les chefs politiques.

Un effet des changements dans les attentes du public vis-à-vis du gouvernement est l'importance accrue accordée au service au public
6.31 Au Canada, FP 2000 et l'exercice de restructuration de juin 1993 s'intéressent tous deux au service au public. Les sous-ministres et les hauts fonctionnaires interviewés étaient généralement d'accord pour dire que les objectifs de FP 2000 avaient évolué avec le temps. D'abord axée sur la gestion des ressources humaines, l'attention a fini par se concentrer sur le service au public. De l'avis d'un sous-ministre :

«Dans les premiers temps, la gestion des ressources humaines était le point de mire mais cette orientation a été jugée excessivement introspective. Le service au public est donc devenu un second thème, puis le thème central.»
6.32 Le Livre blanc sur le renouvellement de la fonction publique, paru un an après le lancement de FP 2000, confirme la validité des perceptions concernant cette évolution. En plus de reconnaître que le public réclame de plus en plus l'ouverture, la participation et la consultation, le document énonce ainsi l'objectif du projet :

«Mieux servir le Canada et les Canadiens est l'idée maîtresse de FP 2000, soit l'amélioration du service aux ministres, au public en général et aux Canadiens individuellement» (emphase ajoutée).
6.33 L'initiative de restructuration annoncée en juin 1993 prévoit également l'élaboration de plans à l'appui de la prestation de programmes dans de meilleures conditions de rentabilité, le recours à la technologie de pointe, la prestation conjointe de programmes par deux ou plusieurs ministères ou avec d'autres paliers de gouvernement, la sous-traitance ou la privatisation. Elle prévoit en outre des plans en vue de regrouper éventuellement des points de service, et de rationaliser les «gammes de produits».

6.34 La Charte des citoyens ( Citizen's Charter ) dont s'est doté le Royaume-Uni vise à améliorer le service au public. Cette réforme, en date de 1991, a pour objet de mieux répondre aux besoins et aux désirs de la population. Les chartes particulières s'appuient sur des principes importants qui régissent le service, notamment les normes, l'ouverture, le choix, la consultation, la courtoisie et le recours. Le public est renseigné régulièrement sur les résultats obtenus en matière de service, et la prestation de services exemplaire est récompensée par l'octroi de prix appelés Charter Mark . Le Premier ministre a fait savoir que la Charte des citoyens serait au coeur des préoccupations du gouvernement dans la prise de décisions tout au long des années 90.

6.35 Bien que ni la Nouvelle-Zélande ou l'Australie n'aient eu de projets comparables en ce qui touche expressément le service au public, les réformes entreprises dans ces deux pays ont mis l'accent davantage sur les résultats et, par le fait même, sur le service. La crise économique était à ce point sévère en Nouvelle-Zélande que cette dernière s'est d'abord concentrée sur sa capacité d'offrir des services, compte tenu de ses ressources. En Australie, la qualité des services et les droits des clients ont reçu beaucoup d'attention au cours des années 70, et le gouvernement reconnaît à nouveau la nécessité d'accorder plus d'attention au service au public et ce, dans l'ensemble du gouvernement.

Le besoin de moderniser la gestion de la fonction publique

6.36 Un troisième facteur important, sous-jacent à la réforme de la fonction publique, tient à la nécessité de moderniser ses méthodes de gestion. Les bureaucraties des pays démocratiques d'Occident ont été dirigées conformément à des traditions établies de longue date. Malgré l'avènement de nouveaux modes d'organisation et de systèmes de gestion, les attitudes et les pratiques sont demeurées foncièrement inchangées au fil des ans.

6.37 La nécessité de modifier l'organisation et la gestion des fonctions publiques découle, en partie, des progrès technologiques rapides qui nous ont amené à l'ère de l'information. L'ordinateur et d'autres technologies ont été mis à profit pour réaliser des progrès notables et ils offrent un grand potentiel d'amélioration. Ainsi, au Canada, on s'attend que la technologie affecte sensiblement la prestation des services dans certains des ministères créés par suite de l'annonce de la restructuration de juin 1993. Au terme de notre étude, toutefois, aucun des quatre pays n'avait amorcé de projet majeur consistant à faire un examen approfondi des effets de la technologie dans le cadre des réformes entreprises.

6.38 Les changements dans les modes de vie et une scolarité accrue ont eu des effets sur les attentes et les habitudes de la main- d'oeuvre. Ces changements ont aussi eu des effets sur les réformes. De plus, les phénomènes de réduction de l'effectif, de déstratification, de restructuration et de rationalisation qui ont eu cours dans le secteur privé ont mis davantage en évidence la nécessité pour la fonction publique de se mettre à jour par rapport aux nouvelles approches en matière de gestion. Ces nouvelles approches, couplées aux contraintes financières, ont stimulé l'intérêt des diverses fonctions publiques pour des systèmes et des méthodes semblables à celles utilisées par l'entreprise, et plus abordables.

FP 2000 propose une nouvelle approche de la gestion - une nouvelle philosophie de gestion
6.39 FP 2000 propose que l'on mette davantage l'accent sur la transparence et la consultation, de même que sur

  • les résultats (par opposition aux processus),
  • la souplesse (par opposition à la conformité),
  • le jugement (par opposition aux règles),
  • l'innovation (par opposition à l'aversion du risque),
  • le régime d'obligation de rendre compte (par opposition aux contrôles centraux détaillés),
  • les fonctionnaires en tant qu'actif à mettre en valeur (par opposition à des ressources à utiliser).
Il y avait des lacunes en matière de gestion des ressources humaines; un besoin de «renouvellement» se faisait sentir
6.40 Avant FP 2000, il y avait eu de nombreuses mais vaines tentatives de réforme du régime de gestion du personnel instauré en 1967. Sont particulièrement dignes de mention le Rapport Finkelman intitulé Employeur-Employés : Relations de travail dans la Fonction publique du Canada , paru en 1974, et le Rapport du Comité spécial sur la gestion du personnel et le principe du mérite (dit le «Comité D'Avignon»), publié en 1979.

6.41 L'initiative lancée en 1986 et appelée Accroissement des pouvoirs et des responsabilités ministériels (APRM) ne donnait que des résultats restreints. En dépit du fait que l'initiative avait pour objet l'accroissement des pouvoirs et une souplesse accrue aux ministres et aux cadres supérieurs accompagnés d'une réduction équivalente des mécanismes de contrôle du Conseil du Trésor, en 1989, seulement six des quelque 30 ministères avaient passé de tels accords avec le Conseil du Trésor. Une des raisons était que les ministères voulaient voir apporter des changements à la gestion du personnel auxquels le Conseil du Trésor s'opposait, ou qu'il était incapable d'accorder, notamment parce qu'ils étaient du ressort de la Commission de la fonction publique.

6.42 Les résultats de l'inaction se faisaient sentir de plus en plus. Le moral des hauts fonctionnaires semblait bas. Une enquête effectuée en 1986 et portant sur les attitudes de la haute direction et des gestionnaires dans la fonction publique et le secteur privé (réalisée par Zussman et Jabes) avait montré :

  • que les gestionnaires du secteur privé avaient une perception plus positive des méthodes de gestion en vigueur dans leur organisation, que leurs homologues du secteur public;
  • qu'au sein du secteur public, «à mesure que l'on se rapproche de la base, les gestionnaires sont moins satisfaits et ont une perception plus négative des méthodes de gestion en vigueur dans leur organisation.» Le même phénomène n'avait pas été observé dans le secteur privé.
6.43 Le malaise dont témoignent ces résultats était confirmé par l'information recueillie par le Bureau en 1987, à l'occasion de la vérification de la Catégorie de la gestion (rebaptisée depuis «Groupe de la direction»). Une enquête ultérieure parrainée par le gouvernement fédéral et effectuée en 1988 a révélé que les attitudes des gestionnaires de la fonction publique s'étaient dégradées.

6.44 Vu cet état de choses, il n'est pas étonnant que sept des dix groupes de travail mis sur pied au moment de l'annonce de FP 2000 aient été affectés à l'étude de questions relatives à la gestion des ressources humaines. De plus, exception faite du groupe de travail affecté à l'étude sur le service au public, tous les groupes de travail étaient chargés d'examiner des questions d'administration interne.

6.45 Aussi, il n'est pas surprenant qu'en plus de viser à extirper le gaspillage et l'inefficience et mettre davantage l'accent sur le service au public, FP 2000 vise aussi à simplifier les systèmes de gestion du personnel et des finances et les autres systèmes administratifs, notamment par l'élimination des contrôles centraux inutiles.

La séparation de la fonction d'élaboration des politiques de la fonction opérationnelle constitue l'une des réformes de la dernière décennie
6.46 La Nouvelle Zélande et, dans une large mesure, le Royaume-Uni ont départagé les unités chargées des opérations et de la prestation de services de celles chargées de l'élaboration des politiques. En Nouvelle-Zélande, la décision de les confier à des ministères différents a surtout été motivée par la volonté d'éviter que les grands organismes chargés de la prestation de services ne monopolisent aussi les conseils en matière de politique et les crédits budgétaires. Il y avait un problème sérieux du fait que les conseils en matière de politique tendaient à favoriser des intérêts particuliers plutôt que l'intérêt public. Le Royaume-Uni a également créé des organismes chargés de la prestation de services, mais au sein de la structure ministérielle. Cette façon de faire était motivée par le désir de régler les problèmes qui découlaient de la diversité et de la grande taille de l'appareil gouvernemental, que d'aucuns jugeaient trop vaste pour être géré d'un bloc. Ces organismes d'exécution ( Next Step agencies ) sont coiffés d'un chef de la direction souvent recruté à l'extérieur de la fonction publique. L'organisme d'exécution est censé exercer son activité à la manière d'une entreprise en s'inspirant d'un document-cadre qui énonce ses objectifs tout en étant investi de pouvoirs délégués appréciables. La pièce 6.5 donne une brève description de l'Initiative Next Steps .

6.47 Le Canada s'est également doté de quelques nouveaux modèles d'organisation conçus de manière à favoriser la prestation de services et la rentabilité. Citons, par exemple, les organismes de services spéciaux mis sur pied au sein de plusieurs ministères depuis 1989. En principe, ces organismes - dont quelques-uns offrent aux ministères des services communs - doivent bénéficier d'une marge de manoeuvre et de pouvoirs accrus. En contrepartie, on attend d'eux qu'ils produisent des résultats précis en appliquant des techniques de gestion propres au secteur privé, y compris l'autonomie financière.

6.48 La commercialisation est une des facettes de la modernisation. En Australie, et dans une certaine mesure au Canada, les services gouvernementaux communs ont été établis sur une base commerciale et le secteur privé peut leur livrer une concurrence. En Australie, c'est cependant l'utilisateur du service qui bénéficie du crédit budgétaire correspondant, plutôt que le fournisseur. L'évaluation faite en Australie a permis de constater la réalisation d'économies et une amélioration des pratiques de gestion par suite de ces réformes.

La réforme de la fonction publique dans les quatre pays : des thèmes communs

6.49 Les projets de réforme lancés dans les quatre pays offrent de nombreux points communs, en partie à cause du fait que le Canada et les autres pays étudiés ont été confrontés aux mêmes grandes questions.

Un accent sur les résultats et sur l'obligation de rendre compte

Dans les quatre pays, la réforme a eu comme thème central une plus grande attention portée aux résultats, y compris leur coût et l'obligation d'en rendre compte
6.50 FP 2000 vise à accroître l'importance accordée aux résultats. À cette fin, elle propose une nouvelle philosophie de gestion - un changement de la culture organisationnelle. On propose un recours accru à la consultation de la clientèle et on privilégie le service au public. Parmi les mesures précises que FP 2000 met de l'avant, figurent l'obligation, pour les ministères et organismes, de formuler un énoncé de mission et de définir des normes claires de service, les sous-ministres étant comptables tant du caractère raisonnable des normes, que de la qualité des services fournis. De plus, les méthodes et les pratiques d'évaluation du rendement des sous-ministres et des autres gestionnaires doivent être améliorées.

6.51 Une autre mesure importante prise dans cet esprit consiste en la mise en oeuvre, en avril 1993, à l'échelle du gouvernement, du principe des budgets de fonctionnement qui regroupent salaires, dépenses de fonctionnement et dépenses en capital secondaires. Si les coûts étaient connus, cette forme de budget serait susceptible de favoriser la prise de décisions plus rentables que ne le permettaient les contrôles des années-personnes et les mécanismes d'affectation des crédits budgétaires en vigueur auparavant.

6.52 En Australie, les efforts déployés pour se concentrer davantage sur l'atteinte de grands objectifs ( outcomes ) et sur le coût de leur réalisation ont entraîné une révision en profondeur du régime budgétaire. De nouvelles techniques budgétaires et des mesures financières connexes ont fait que l'accent est mis sur les objectifs, l'information sur le rendement et l'évaluation. L'évaluation que le gouvernement de l'Australie a fait de ses réformes a permis de conclure que la réforme budgétaire avait amené «une concentration améliorée des efforts des organisations, une pensée plus structurée [...] (et) une plus grande attention portée aux résultats». Les évaluateurs ont affirmé, de plus, que «tant le personnel que les porte-parole des organismes estiment que les réformes ont eu un effet favorable sur l'obligation de rendre compte».

6.53 La Nouvelle-Zélande a élaboré un nouveau modèle de gestion en fonction des résultats. En vertu de ce modèle, la définition des extrants ( outputs ) visés - soit les biens et services que les ministères doivent produire - permet de mesurer avec beaucoup plus de précision les résultats obtenus. Le régime d'obligation de rendre compte des chefs de la direction envers les ministres a été redéfini. Les chefs de la direction, engagés à contrat, ont remplacé les chefs permanents des ministères afin que le premier dirigeant soit plus sensible aux demandes des ministres. Ils ont été investis des pouvoirs qui correspondent à leur responsabilité d'employeur du personnel ministériel, de même que d'un large éventail d'autres pouvoirs. Ils ont la responsabilité de la production des extrants aux termes des accords de rendement annuels qu'ils passent avec les ministres. Pour leur part, les ministres sont chargés de la réalisation des grands objectifs ( outcomes ). Le modèle est sommairement décrit à la pièce 6.6 .

6.54 Au Royaume-Uni, on porte également une attention accrue aux résultats. Depuis 1982, le Royaume-Uni a mis en oeuvre des initiatives financières dont on a dit, dans un rapport du gouvernement publié en 1988, qu'elles avaient «[...] commencé à détourner l'attention mise sur les processus en faveur des résultats». De plus, l'Initiative Next Steps accordait beaucoup d'importance à l'établissement d'objectifs de rendement - surtout en ce qui concerne la prestation de services - et à la réalisation de ces objectifs.

6.55 Le rôle du chef de la direction d'un organisme d'exécution ( Next Steps agency ) témoigne de l'évolution du régime d'obligation de rendre compte au Royaume-Uni. Le chef passe un accord de rendement avec le ministre dont il relève et ceux d'entre eux qui proviennent de l'extérieur de la fonction publique sont engagés par voie de contrats. Le Groupe d'efficience ( Efficiency Unit ) faisait savoir en 1991 que «les chefs de la direction sont sensibles au plus haut point de leur responsabilité personnelle évidente et de leur obligation de rendre compte des succès de l'organisme dont ils ont la charge».

Délégation de pouvoirs et habilitation

La délégation de pouvoirs et l'habilitation sont nécessaires pour atteindre les résultats
6.56 Un thème important de FP 2000 est la délégation accrue de pouvoirs, des organismes centraux aux ministères et, au sein de ces derniers, aux employés jusqu'aux paliers les plus bas possible. Cette délégation procède tout naturellement de l'importance accordée aux résultats et au service au public. Les pressions exercées en faveur d'une plus grande délégation de pouvoirs partent du principe selon lequel les gestionnaires et les employés de première ligne, dont la plupart travaillent en région, doivent bénéficier d'une plus grande marge de manoeuvre si on désire qu'ils puissent être capables d'offrir un service de meilleure qualité.

6.57 Il s'ensuit que, dans la mesure du possible, les règles des organismes centraux doivent être remplacées par des lignes directrices. Dans le domaine des services communs, des services jusque-là obligatoires deviennent facultatifs dans la mesure du possible afin d'en accroître la rentabilité. Les gestionnaires doivent bénéficier d'une aide en vue d'acquérir les connaissances et les compétences qui leur permettront de faire un usage optimal de leurs pouvoirs accrus.

6.58 C'est la Nouvelle-Zélande qui a décentralisé le plus de pouvoirs. Le gouvernement a modifié la législation pertinente en vue de consacrer l'autonomie des chefs de la direction des ministères et de leur donner la liberté de gérer leurs ressources, dans les limites du budget. Ainsi, la notion d'une fonction publique «unique» est en voie d'être délaissée. L'organisme central chargé de la gestion des ressources humaines a connu une restructuration et une réduction de son effectif importantes.

6.59 En Australie et au Royaume-Uni, les ministères ou les organismes d'exécution ont été investis d'un certain nombre de pouvoirs dans des domaines tels que ceux des arrangements financiers, de la rémunération et de la dotation en personnel. Au Royaume-Uni, un nombre grandissant d'organismes d'exécution exercent leur activité à la manière de «fonds commerciaux» et ils sont donc en mesure de gérer leurs finances davantage comme le fait une société commerciale. En ce qui concerne les autres ministères et organismes d'exécution, les organismes centraux dressaient, en 1989, des listes de pouvoirs ( flexibilities ), dans les domaines de la rémunération et de la gestion. On encourage les ministères et les organismes d'exécution à s'en prévaloir. À titre d'exemple, moyennant l'aval du Trésor, les ministères et les organismes d'exécution peuvent adopter leurs propres systèmes de classification et de rémunération. Une loi dont l'objet est de définir le cadre qui régira à l'avenir la délégation de pouvoirs additionnels a été adoptée en 1992. En Australie, l'évaluation des réformes a permis de constater que «de nombreuses responsabilités en matière de gestion financière ont été cédées aux organismes qui offrent des services à la population. De plus, les ministères se voient confier de plus en plus la responsabilité des négociations collectives dans le cadre de ce qu'il a été convenu d'appeler la «négociation par entreprise».

6.60 Dans les deux pays susmentionnés, tout comme en Nouvelle-Zélande, le rôle et la taille des organismes centraux chargés de la gestion du personnel ont été sensiblement modifiés. En Australie, par exemple, la Commission de la fonction publique est un organisme beaucoup plus petit que celui qu'elle a remplacé. La plupart des fonctions opérationnelles de l'ancien organisme ont été cédées à d'autres organismes centraux ou à la direction des ministères, ou ont été supprimées. Au Royaume-Uni, le Trésor est chargé des politiques en matière de personnel, par exemple, les conditions d'emploi. La Commission du service civil ( Civil Service Commission ), traditionnellement chargée du recrutement, a perdu une partie de ses responsabilités. La Commission est maintenant chargée de surveiller le processus de sélection de candidats à des niveaux donnés, notamment celle des diplômés destinés à une ascension rapide. La Commission a été transformée en Bureau des commissaires du service civil ( Office of Civil Service Commissioners) . Ce Bureau demeure chargé des politiques pour assurer le respect du principe du mérite, mais il n'a que peu d'employés pour s'acquitter de ses fonctions parce que la responsabilité de la plupart des opérations a été cédée aux ministères et aux organismes d'exécution.

6.61 Au Canada, on a modifié quelque peu le rôle statutaire des organismes centraux. La Loi sur la réforme de la fonction publique , sanctionnée en décembre 1992, a apporté des changements dignes de mention. Elle a, par exemple, clarifié le rôle du greffier du Conseil privé en faisant du titulaire le chef de la fonction publique. La Loi a également renforcé certains des pouvoirs de la Commission de la fonction publique, par exemple, celui de faire enquête à la suite de plaintes déposées par des employés, et celui de prendre les mesures correctives nécessaires. Elle a également dévolu aux sous-ministres l'autorité à l'égard du «déploiement» du personnel dans le cadre d'une politique définie par le Conseil du Trésor. Cette autorité appartenait auparavant à la Commission. Par ailleurs, aucun changement n'a été apporté au partage fondamental des responsabilités, tel que défini dans la législation, entre le Conseil du Trésor en sa qualité d'employeur, et la Commission de la fonction publique en tant qu'organisme chargé de veiller au respect du principe du mérite en matière de dotation.

La rationalisation et la simplification des systèmes administratifs

La rationalisation des systèmes administratifs contribue à mettre l'accent sur le service au public
6.62 Face au problème que pose le maintien des niveaux de service dans un contexte marqué par des restrictions budgétaires permanentes, FP 2000 vise à opérer des changements de grande envergure dans le régime de gestion du personnel et dans d'autres systèmes administratifs, afin d'en réduire les coûts et d'en alléger le fardeau administratif, et pour améliorer la prestation de programmes. Selon les estimations présentées dans le Livre blanc, il en coûtait quelque deux milliards de dollars par an pour assurer la gestion du personnel et des autres ressources, et pour fournir des services administratifs et des services communs.

6.63 Le Livre blanc appelait des changements au cadre législatif qui régit la gestion de ressources humaines. La Loi sur la réforme de la fonction publique renferme les dispositions nécessaires à la simplification du système d'évaluation des emplois et de classification. Elle modifie aussi certains mécanismes de relations de travail, notamment ceux qui concernent la cessation d'emploi et les recours disponibles dans de tels cas, ainsi que les mécanismes qui servent à permettre l'exclusion ou non de personnes des unités de négociation.

6.64 Dans les trois pays choisis pour étude, les systèmes et méthodes d'administration ont aussi été simplifiés et la réglementation a été réduite . Ainsi, la Nouvelle-Zélande a remplacé les volumineux manuels de directives financières par une série de lignes directrices sous forme de brochures à l'intention des gestionnaires. Il n'existe plus de manuel de gestion du personnel applicable à l'ensemble de la fonction publique et, en règle générale, les systèmes et méthodes de gestion du personnel des ministères ont été simplifiés, notamment en ce qui a trait à l'embauchage, à la classification, à l'avancement et à la cessation d'emploi.

Une approche de la gestion des ressources qui s'inspire davantage d'un esprit d'entreprise

Les contraintes sur les ressources conduisent à l'utilisation d'une approche qui s'inspire davantage d'un esprit d'entreprise
6.65 Un certain nombre des réformes décrites, par exemple, les budgets de fonctionnement et la simplification des systèmes et méthodes d'administration, témoignent d'un changement vers des méthodes qui s'inspirent davantage d'un esprit d'entreprise. Il en est ainsi également des modifications apportées à la Loi sur les biens de surplus de la Couronne et dont l'objet est d'améliorer la gestion du matériel. Un autre changement digne de mention, et qui découle de l'adoption de la Loi sur la réforme de la fonction publique, concerne les pouvoirs statutaires exclusifs qu'elle confère aux sous-ministres et qui habilitent ces derniers à «déployer» les employés de leur ministère dans des conditions précises. FP 2000 propose aussi des mesures qui ont trait au partage des gains de productivité et d'autres moyens de récompenser les gestionnaires et les autres employés pour leur rendement. Ces mesures n'ont pu toutefois être mises en oeuvre à cause de l'opposition des syndicats ou des restrictions imposées par le gouvernement sur les traitements.

6.66 L'identification des clientèles, la mise en marché des services et l'optimisation des recettes sont au nombre des pratiques évocatrices du milieu des affaires qui gagnent de plus en plus la faveur dans les quatre pays. En Australie, en Nouvelle-Zélande de même qu'en Angleterre, les unités qui composent les ministères - ou les ministères mêmes, dans le cas de la Nouvelle-Zélande - opèrent de plus en plus sur la base de plans d'entreprise, d'objectifs de recettes, de stratégies de marketing et de rétroaction de la part des clients recueillie au moyen d'enquêtes. Dans certains cas, tout comme au Canada, ces entités peuvent chercher à augmenter leurs recettes et à conserver les sommes ainsi amassées. Elles peuvent également être chargées de réaliser des objectifs annuels de rendement financier, par exemple, percevoir un volume de recettes cible, ou atteindre un taux de rendement donné sur l'investissement de l'État. L'imposition répandue de frais aux utilisateurs a été un des moyens mis en oeuvre pour améliorer le rendement financier.

6.67 Tant le Royaume-Uni que l'Australie utilisent des budgets de dépense de fonctionnement ( running costs ) depuis un certain nombre d'années. Ces budgets sont semblables aux budgets de fonctionnement en vigueur au Canada. En Australie, la possibilité existe également de reporter à l'exercice suivant ou d'emprunter du budget de l'exercice suivant une somme correspondante à un maximum de six pour cent des dépenses de fonctionnement. Ces sommes sont supérieures au report autorisé au Canada, fixé à deux pour cent, les emprunts n'étant pas permis.

6.68 La comptabilité d'exercice est considérée comme un outil de gestion précieux en Nouvelle-Zélande, en Australie et au Royaume-Uni. D'après les principes de la comptabilité d'exercice, qui est la norme dans le secteur privé, les recettes et les dépenses doivent être mesurées et déclarées dans l'exercice pendant lequel elles se sont réalisées, plutôt que dans l'exercice pendant lequel les encaissements ou les déboursés correspondants ont été faits. Cette façon de faire sous-entend l'évaluation et l'amortissement de l'actif, ainsi que la comptabilisation du passif. La Nouvelle-Zélande a récemment mis en place dans les ministères et organismes un système de comptabilité d'exercice, de même qu'un système de budgétisation d'exercice. Tant au Royaume-Uni qu'en Australie, les gouvernements ont annoncé leur intention de procéder par étapes à la mise en place d'une comptabilité d'exercice au sein de leurs ministères et organismes.

6.69 Les ministères et organismes canadiens n'appliquent pas intégralement les principes de la comptabilité d'exercice. Ils comptabilisent les dépenses suivant cette méthode, mais le coût total des immobilisations n'est imputé aux dépenses qu'au moment où celles-ci sont acquises ou construites, selon le cas. De plus, si les recettes non-fiscales sont comptabilisées selon la comptabilité d'exercice, les recettes fiscales quant à elles, sont généralement comptabilisées dans l'exercice au cours duquel elles sont perçues.

6.70 Le Canada a été l'un des leaders ce qui concerne la présentation, de façon globale et intégrale, d'états financiers annuels sommaires. Toutefois, les ministères et organismes du gouvernement du Canada ne dressent pas de rapports périodiques, ni d'états financiers annuels qui reposent entièrement sur les principes de la comptabilité d'exercice. Par conséquent, le coût intégral des activités des ministères et organismes n'est pas déclaré. Une exception est à signaler, soit celle que représentent les fonds renouvelables des ministères, qui sont entièrement comptabilisés suivant la comptabilité d'exercice.

6.71 La comptabilité d'exercice offre la possibilité de connaître le coût intégral des ressources utilisées par le gouvernement. Appuyée d'un solide système de comptabilisation du prix de revient, la comptabilité d'exercice peut permettre de recueillir une information plus complète sur les coûts des activités des ministères et organismes, renseignements indispensables pour une meilleure prise de décisions, et pour mieux rendre compte des résultats obtenus. Elle peut aussi procurer aux gestionnaires de la fonction publique un portrait plus complet des opérations financières que le système de comptabilité en vigueur. La comptabilité d'exercice peut concourir à la sauvegarde des immobilisations en les soumettant à un contrôle comptable. Elle peut aussi fournir de meilleurs renseignements aux gestionnaires qui doivent prendre des décisions difficiles quant à l'entretien ou au remplacement des immobilisations.

Les progrès réalisés et les problèmes de mise en oeuvre des réformes

FP 2000 : là où il y a eu des progrès

6.72 L'évaluation faite par le greffier du Conseil privé. Le Livre blanc sur Fonction publique 2000, stipulait que le greffier du Conseil privé devait présenter au Premier ministre un rapport annuel

  • sur l'état de la fonction publique,
  • sur les progrès réalisés au chapitre de la mise en oeuvre de FP 2000, pour les cinq premières années.
6.73 Le premier rapport, qui passait en revue les progrès réalisés en 1991 et qui traitait des enjeux et des priorités de 1992, date du 30 juin 1992. Il y est dit que «en bien des endroits, il est possible de voir les premiers signes d'une réelle transformation dans la culture de gestion.» Le rapport résumait en ces termes le progrès :

«La conjoncture n'est . . . pas idéale pour procéder à la réforme des institutions ou essayer de redonner le sens du service dans une institution aussi vaste que la fonction publique. Malgré ces obstacles et malgré les événements tels que la grève de 1991 dans la fonction publique, je suis en mesure de faire état de véritables progrès en matière de réforme et de renouvellement, et ceci dans un large éventail d'activités de tous les secteurs du gouvernement. . .»
6.74 La Loi sur la réforme de la fonction publique renferme maintenant une disposition qui exige du greffier qu'il présente un rapport annuel sur l'état de la fonction publique. Par contre, elle ne prescrit aucune exigence de compte-rendu en ce qui concerne les progrès réalisés dans la mise en oeuvre de FP 2000.

6.75 Au 1er octobre 1993, le deuxième rapport annuel sur l'état de la fonction publique n'avait pas encore été rendu public.

Quelques progrès ont été accomplis
6.76 Le point sur FP 2000 dans le cadre de notre étude. Nous nous sommes appuyés sur le point de vue de sous-ministres et d'autres hauts fonctionnaires, sur les résultats de travaux antérieurs et de travaux en cours effectués par le Bureau, de même que sur d'autres renseignements disponibles, pour nous faire une opinion sur les progrès de FP 2000.

6.77 L'ancien greffier du Conseil privé a dit de FP 2000 qu'elle consistait «en 10 p. 100 de changements législatifs, 20 p. 100 de changements dans les systèmes et 70 p. 100 de changements des attitudes et des pratiques [...]». Si on évalue l'avancement des travaux en regard de ces critères, nous sommes d'avis qu'en dépit de problèmes sérieux, des progrès importants ont été réalisés, notamment sous forme de changements législatifs et de changements aux systèmes.

6.78 À titre d'exemple, si elle s'est beaucoup fait attendre, la Loi sur la réforme de la fonction publique a fini par être adoptée en décembre 1992. Elle a permis d'apporter des changements au système de dotation en personnel - notamment, l'assouplissement des règles qui régissent le «déploiement» du personnel, dont le besoin était manifeste. La Loi rend possible également la modernisation et la simplification du système d'évaluation et de classification des emplois, une recommandation importante de FP 2000. Le nouveau système implique la création d'un nouveau groupe professionnel qui regroupera plus de 100 000 fonctionnaires. Bien que la création du nouveau groupe professionnel soit amorcée depuis plus d'un an, sa mise en oeuvre est retardée pour plusieurs raisons, y compris les répercussions qu'auront sur l'organisation des ministères la restructuration et les possibilités de réorganisation dans le futur.

6.79 La mise en place de budgets de fonctionnement constituait un autre des changements importants que l'on proposait d'apporter aux systèmes dans le cadre de FP 2000. À compter du 1er avril 1993, les contrôles exercés sur les années-personnes par les organismes centraux ont été supprimés et tous les ministères ont été autorisés à se doter d'un budget de fonctionnement pour chacun de leurs programmes.

6.80 D'autres signes positifs sont contenus dans les propos des hauts fonctionnaires. À titre d'exemple, le secrétaire du Conseil du Trésor déclarait au Comité permanent des Comptes publics de la Chambre des communes, au sujet des Projets de gestion concertée, ententes entre les sous-ministres et le secrétaire portant sur des questions d'importance, que «le processus fonctionne bien et qu'il s'agit d'un élément essentiel de l'évaluation globale des sous-ministres effectuée par le Bureau du Conseil privé».

6.81 Les sous-ministres et d'autres hauts fonctionnaires reconnaissent que FP 2000 a engendré des effets positifs, y compris :

  • une délégation accrue de pouvoirs de la part du Conseil du Trésor;
  • un changement d'attitude envers la formation, laquelle est maintenant plus souvent perçue comme un investissement par les ministères; et, peut-être plus important encore,
  • une attitude plus positive en ce qui a trait à la possibilité réelle d'effectuer des changements.
6.82 Les sous-ministres et les cadres de direction estiment que des progrès avaient été réalisés dans les ministères, mais ils mettent un bémol à leurs propos en précisant que les progrès en question n'étaient pas uniformes. Si les progrès réalisés sont souvent attribués au leadership personnel des hauts fonctionnaires, on reconnaît néanmoins que FP 2000 avait donné de la légitimité et un appui aux initiatives des ministères et leur avait imprimé un élan.

FP 2000 : des difficultés dans la mise en oeuvre

6.83 Un grand nombre de sous-ministres et de hauts fonctionnaires jugent qu'une réforme s'impose. En dépit de cela, certains des dirigeants avec qui nous nous sommes entretenus se demandaient si FP 2000 «n'était pas mort», et nous avons décelé scepticisme et cynisme envers le projet de renouvellement. Ces vues négatives pouvaient, pour la plupart, être portées sur le compte de la mise en oeuvre du projet.

Des messages contradictoires depuis les débuts de FP 2000
6.84 Au début, FP 2000 a été conçu et a été présenté aux employés comme un «projet mené par la gestion», mais cependant, l'idéologie sur laquelle il reposait était celle de la gestion participative. Les cadres de direction à tous les paliers sont d'avis que ceci a été largement interprété comme présentant une contradiction, ce qui a eu tendance à confirmer les perceptions des employés, selon lesquelles le projet visait surtout à faciliter la tâche aux gestionnaires. Le manque de consultation avec certains des intervenants, notamment les employés et leurs représentants, et l'absence d'une participation suffisante ont été mentionnés par les cadres comme des préoccupations importantes. Malgré les efforts appréciables de certains ministères pour faire participer les employés à tous les paliers, les cadres sont d'avis que la participation insuffisante du personnel et l'absence d'un sentiment «d'appartenance» face au projet de renouveau sont de graves lacunes de la mise en oeuvre.

6.85 De plus, des contradictions sont perçues entre certains des principes de FP 2000, et d'autres initiatives ou décisions. Signalons à ce chapitre les réductions d'effectif et les compressions des budgets de fonctionnement qui se poursuivent; le budget de 1991 qui a été l'une des causes du débrayage de la fonction publique dans tout le pays et qui a entraîné des mesures législatives imposant des restrictions salariales; l'affaire Al-Mashat et la décision de diminuer de dix pour cent le nombre de cadres de direction.

Une gestion des attentes et de la communication qui laisse à désirer
6.86 Le Comité sénatorial permanent des Finances nationales a tenu des audiences sur FP 2000 en 1991 et 1992. À cette occasion, plusieurs témoins ont souligné que la mise en oeuvre des changements envisagés dans le cadre de FP 2000 serait difficile et prendrait beaucoup de temps. Ils ont insisté sur l'importance d'éviter que FP 2000 n'engendre des attentes irréalistes quant à ses possibilités de succès.

6.87 Les sous-ministres et les autres hauts fonctionnaires que nous avons interviewés sont d'avis aujourd'hui que les attentes auraient dû être mieux gérées. Ils ont fait remarquer que FP 2000 avait suscité de grands espoirs de changement rapide au moment où le projet a été dévoilé, mais qu'il avait fallu attendre longtemps avant même que les buts du projet soit précisés. En outre, ils estiment que de véritables progrès dans la mise en oeuvre prennent encore plus de temps.

6.88 Les cadres ont également soulevé le besoin d'un processus de communication plus efficace concernant FP 2000 - privilégier davantage le dialogue que l'écrit. D'après les cadres, le projet était méconnu, en partie à cause des messages confus, des signaux contradictoires et d'un climat général de méfiance. On estimait, de façon générale, que trop peu d'énergies ont été consacrées à la communication efficace du message au sein des ministères et que, trop souvent, le changement vécu aux paliers supérieurs n'avait pas atteint les paliers inférieurs dans l'organisation.

Un engagement pas toujours évident
6.89 Les hauts fonctionnaires ont mentionné que, là où les intervenants souscrivaient au projet et à ses principes, il a eu des résultats. Les ministères avec un sous-ministre au tempérament et avec les valeurs appropriés ont fait des efforts importants pour le renouveau et ils ont accompli des progrès réels. Les cadres ont néanmoins fait ressortir le besoin d'un engagement manifeste, tant de la part des hauts fonctionnaires aux paliers les plus élevés, que des élus.

6.90 Certains cadres ont émis l'opinion que certains sous-ministres sont peu favorables ou peu habiles avec certains des principes véhiculés par FP 2000, ce qui expliquerait le peu de progrès réalisés dans leurs ministères. Ils étaient d'avis que les ministères ou les cadres qui ne souscrivent pas aux principes de FP 2000 ne semblent s'exposer à aucune sanction. En outre, d'aucuns jugeaient qu'une conduite contraire aux principes proclamés de la réforme de la part des hauts fonctionnaires était même tolérée. Au dire d'un sous-ministre :

«FP 2000 n'a pas été une grande réussite en tant que projet commun ou de portée générale. Les gens ne pouvaient dire de ... [certains hauts fonctionnaires] ... qu'ils prêchaient par l'exemple. Un contrevenant ne s'exposait à aucune sanction.»
6.91 Un certain nombre de hauts fonctionnaires se sont aussi interrogés sur l'intérêt que portent les politiciens, en règle générale, à la fonction publique et sur le respect que suscite cette institution parmi eux. Selon eux, à quelques exceptions près, les élus ne se sont pas intéressés, ni n'ont appuyé activement FP 2000 en tant qu'initiative et ce, malgré la parution du Livre blanc et l'adoption de la Loi sur la réforme de la fonction publique. Certains croient également que des idées, telles celles de l'habilitation et de la prise de risques, ne suscitaient aucun véritable appui.

Les progrès réalisés dans les trois pays choisis pour étude

6.92 Certaines des réformes dans les trois pays choisis pour étude ont été réalisées, ou se poursuivent, depuis dix ans, ou même plus. Or, au Canada, FP 2000 a été annoncée en décembre 1989, et l'objectif qui est la raison d'être de l'initiative - à savoir, changer la culture organisationnelle - ne peut être réalisé qu'à long terme. Il ne faut pas perdre de vue cette réalité lorsqu'on compare les efforts déployés pour la réforme au Canada, par rapport à ceux des trois autres pays.

6.93 Nous croyons qu'il y a des différences importantes dans les perceptions des cadres des trois pays choisis pour étude concernant la réforme de la fonction publique dans leur pays respectif, par rapport aux perceptions de leurs homologues canadiens. D'abord, les fonctionnaires des autres pays semblent mieux connaître les buts visés par leurs initiatives de réforme. En général, ils ont une opinion favorable des progrès réalisés, de la cohérence des réformes et de la continuité dans leur direction. Les résultats d'études menées dans chacun de ces trois pays viennent étayer ces perceptions dans une certaine mesure.

6.94 En Australie, une évaluation a permis de conclure que «les organismes et le personnel estiment en général que les réformes ont un effet positif sur la gestion et le rendement de leur organisme». Le rapport concluait que

  • «les réformes ont été bien orientées;
  • elles ont été bien accueillies et elles ont eu de nombreux effets positifs, bien qu'elles aient occasionné certains coûts (notamment lors de la mise en oeuvre);
  • il reste beaucoup à faire, notamment pour étendre les réformes à l'ensemble de la fonction publique australienne et pour en imprégner la culture de l'Administration dans son ensemble.»
6.95 L'examen effectué en 1991 pour le compte du gouvernement nouvellement élu de la Nouvelle-Zélande a mis au jour plusieurs problèmes, dont une certaine confusion concernant les rôles et responsabilités à l'égard de la facilitation de la réforme. Par ailleurs, il a permis de conclure que le cadre des réformes semblait adéquat. Au dire des ministres, des fonctionnaires et des observateurs, le rendement s'était amélioré dans la plupart des secteurs importants.

6.96 Si les études d'évaluation réalisées au Royaume-Uni par le gouvernement ont surtout porté sur des réformes spécifiques, plutôt que sur l'incidence de l'ensemble des réformes entreprises, ces évaluations ont néanmoins abouti, en général, à des conclusions favorables. Ainsi, le Groupe d'efficience publiait, en 1991, un rapport dans lequel il était mentionné que «[...] l'Initiative Next Steps a engendré un regain d'enthousiasme et un engagement accru à l'égard de l'optimisation des ressources et la qualité des services.»

La mise en oeuvre de la réforme de la fonction publique dans les trois pays choisis pour étude

6.97 Compte tenu de l'objectif de notre étude, nous n'avons pu constater directement dans quelle mesure la mise en oeuvre des projets de réforme de la fonction publique se déroulait avec succès dans les trois pays choisis pour étude. Nous avons pu quand même acquérir une impression générale susceptible de nous aider à mettre en perspective le processus de mise en oeuvre des mesures de renouvellement de la fonction publique canadienne, et les vues des gestionnaires canadiens sur la question.

Le leadership et un engagement manifestes de la part des élus sont essentiels
6.98 Les hauts fonctionnaires associés de près à la mise en oeuvre des réformes à l'étranger ont souligné l'importance capitale d'un leadership et d'un engagement manifestes de la part des élus pour le succès de la mise en oeuvre. Plus les changements proposés sont importants, plus grande est la probabilité d'échec, sans un appui évident de la part des dirigeants politiques. Le Royaume-Uni offre un exemple frappant de réformes pilotées par des premiers ministres. Les premiers ministres concernés ont fait preuve de leadership et de détermination ce qui a créé un climat favorable à la mise en oeuvre des réformes financières et structurelles des années 80 et celle, plus récente, de la Charte des citoyens.

Le leadership soutenu du «centre» est crucial
6.99 Au Royaume-Uni, les initiatives de réforme ont été coordonnées par des petits groupes de hauts fonctionnaires - relevant du Premier ministre - de concert avec des gestionnaires chevronnés du secteur privé. En Nouvelle-Zélande, un organisme central, nommément le Trésor, a assumé un rôle déterminant dans l'élaboration d'une démarche de réforme méthodique et cohérente, puis il en a dirigé la mise en oeuvre d'une main ferme.

Les réformes de la fonction publique doivent être gérées d'un point de vue stratégique
6.100 Au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande, les initiatives de réformes semblent mises en oeuvre d'une manière plus uniforme par rapport aux principes qui les sous-tendent, que FP 2000 est perçue l'avoir été. L'Initiative Next Steps est révélatrice en ce sens. Le projet découle de l'Initiative de gestion financière ( Financial Management Initiative ), laquelle est l'aboutissement des «examens minutieux» entrepris par le Groupe d'efficience. La Nouvelle-Zélande s'est dotée de mesures d'incitation dont l'objet est d'assurer que le nouveau modèle de gestion donne les résultats escomptés. Pour illustrer cette situation, une mesure d'incitation, appelée «frais des capitaux», exige des ministères qu'ils prennent en compte le coût des capitaux dans le calcul du prix des biens et services. Parmi les autres mesures d'incitation utilisées, signalons celles inhérentes à la situation des cadres supérieurs dont l'emploi est de nature contractuelle et fonction du rendement.

6.101 L'Australie poursuit sa réforme progressivement, mais d'une manière cohérente. Depuis 1987, le Conseil consultatif de gestion ( Management Advisory Board ) a facilité la participation de tous les intéressés, tant ceux des organismes centraux que ceux des ministères. Le Conseil, présidé par le secrétaire du Premier ministre et du Cabinet (poste équivalent à celui du greffier du Conseil privé au Canada), est un organisme statutaire qui a pour tâche «de conseiller le gouvernement au sujet des questions d'importance touchant à la gestion de la fonction publique et qui offre une tribune pour la discussion et l'étude de telles questions». En juin 1993, parmi les huit autres membres du Conseil, figuraient les chefs de trois organismes centraux et de trois ministères opérationnels, un représentant syndical et un représentant du secteur privé. En 1989, le Conseil se dotait d'un Comité consultatif sur l'amélioration de la gestion ( Management Improvement Advisory Committee ), sorte de groupe de travail permanent et dont le rôle est «de rédiger des documents de travail et d'offrir des conseils sur des questions particulières à la demande du Conseil consultatif de gestion, ou de son propre chef». Ce Comité réunit des représentants des organismes centraux et des ministères opérationnels, y compris des représentants régionaux. Il est présidé par un représentant d'un organisme opérationnel. En juin 1993, le Comité comptait dix membres, dont six provenaient d'organismes opérationnels.

6.102 Un exemple qui illustre la cohérence qui caractérise l'application des principes de la réforme en Australie est celui qu'offre le budget des dépenses de fonctionnement (running costs) - qui prévoit l'octroi aux gestionnaires d'une somme globale dont ils ont la responsabilité - et le maintien de ce concept dans le temps en évitant les compressions budgétaires générales, décrétées arbitrairement et imprévisibles. Bien que le budget des dépenses de fonctionnement soit assujetti d'un mécanisme de réduction appelé «dividende d'efficience» (et qui correspond à une réduction de 1,25 p. 100), cette réduction est connue d'avance, et le gestionnaire en tient donc compte dans l'établissement des budgets des dépenses de fonctionnement. Des porte-parole nous ont appris que, outre le dividende d'efficience, les budgets des dépenses de fonctionnement n'ont pas été sujets à des compressions générales ou spécifiques depuis l'entrée en vigueur du régime en 1987. Le budget des dépenses de fonctionnement est un élément des réformes budgétaires perçu comme ayant contribué à l'amélioration de l'efficience et de l'efficacité.

6.103 Des évaluations périodiques. Des évaluations ou examens périodiques ont été effectués dans chacun des trois pays choisis pour étude, à diverses étapes de la réforme, soit par le gouvernement -- un gouvernement nouvellement élu dans le cas de la Nouvelle-Zélande -- soit par des comités parlementaires. L'évaluation effectuée par l'Australie est de loin celle qui a été la plus exhaustive. Nous estimons qu'elle présente de l'intérêt, tant en raison de la méthode utilisée que des constatations qu'elle a permis de faire.

6.104 Une initiative digne de mention : l'évaluation des réformes de la fonction publique australienne. Le Premier ministre de l'Australie faisait paraître, en juillet 1993, le rapport d'évaluation intitulé The Australian Public Service Reformed, An Evaluation of a Decade of Management Reform . Ce document présente les résultats de l'évaluation de l'éventail complet des initiatives de réforme de la fonction publique australienne depuis 1983.

6.105 L'évaluation visait à déterminer si les réformes permettaient de réaliser les objectifs visés et, le cas échéant, dans quelle mesure ceux-ci étaient atteints. Les résultats de la démarche devaient être utilisés pour orienter les nouvelles initiatives. Les évaluateurs ont fait appel, pour la circonstance, à des enquêtes poussées menées auprès du personnel et des clientèles, à des études de cas et à des rapports de recherche. À titre d'exemple, l'échantillon constitué aux fins de l'enquête sur les employés comprenait quelque 10 000 fonctionnaires, soit environ 1 sur 15. Soixante-trois pour cent ont répondu à l'enquête.

6.106 L'évaluation a porté sur six secteurs visés par les réformes : les structures; les relations industrielles; la gestion des ressources humaines; la gestion financière et la budgétisation; la commercialisation; la planification et la communication des résultats. Chaque secteur a été examiné en fonction d'initiatives spécifiques et les évaluateurs se sont penchés sur la mise en oeuvre, l'incidence, puis ils en ont analysé les résultats.

6.107 Dans un deuxième temps, les évaluateurs ont évalué la pertinence des objectifs de réforme par rapport aux circonstances des années 90, et ils se sont interrogés sur l'existence éventuelle de moyens plus avantageux à utiliser pour atteindre les objectifs. Ils ont examiné, entre autres, le service au public, le potentiel d'amélioration du rendement des organismes et du personnel, et le besoin de coordonner centralement une réforme permanente.

Quels enseignements pouvons-nous tirer?

6.108 Notre étude a débouché sur plusieurs constatations susceptibles d'être d'une grande portée pour les réformes actuelles et futures.

6.109 Pour réussir, les initiatives de réforme de la fonction publique doivent s'inscrire dans le cadre plus vaste de la gestion des politiques et des budgets du gouvernement. À titre d'exemple, les changements dans la conjoncture économique ont mené, plus souvent qu'autrement, au recours tant à des mesures de réduction du déficit qu'à des mesures de modernisation de la gestion publique. Or, à défaut d'importantes précautions, les premières peuvent préjudicier les secondes. Moyennant un peu de doigté, les deux formes de mesures peuvent s'appuyer mutuellement. Dans cette perspective, le projet FP 2000 est manifestement perçu comme ayant été miné par des mesures parallèles, par exemple, la compression des dépenses.

6.110 Il est à noter également que la réforme de la fonction publique, au Canada tout comme dans les pays choisis pour étude, prend appui sur des thèmes communs, même si elle est prise en charge par des gouvernements qui diffèrent de par leur allégeance politique, et que les pays se distinguent de façon marquée les uns des autres par leur structure politique et leur contexte économique propres. Ces thèmes, que nous avons déjà abordés, ne sont pas le résultat d'une cogitation théorique complexe, sauf peut-être en Nouvelle-Zélande où est apparu un nouveau modèle de gestion. Dans tous les cas, celui de la Nouvelle-Zélande y compris, il y a eu un apprentissage important. Les initiatives ont bénéficié d'un apprentissage à l'échelle internationale, chacune des quatre administrations s'étant intéressée à la situation des trois autres.

6.111 Ce qui nous apparaît comme sensiblement différent est la manière dont chacun des pays a utilisé les thèmes communs pour consolider l'orientation stratégique de ses réformes, par exemple, la redéfinition du rôle du gouvernement ou des rapports entre ministres et fonctionnaires. Le degré de priorité ou d'attention accordé à chaque thème a également varié d'une manière appréciable. La situation de l'Australie illustre cette affirmation, car si des mesures y sont prises depuis dix ans en vue d'améliorer le service à la clientèle, ce n'est que récemment que le service a été consacré au rang des grandes priorités futures de la fonction publique dans son ensemble. Dans le contexte canadien, l'amélioration du service au public est devenue un thème central de FP 2000, alors même que se poursuivaient la compression des dépenses et la réduction de l'effectif.

6.112 En Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, les progrès ont été faits en s'appuyant sur l'expérience acquise avec des mesures de réforme successives. Nous avons néanmoins conclu que les réformes dans ces trois pays se distinguent des réformes entreprises au Canada par leur orientation stratégique plus poussée, ainsi que par leur cohérence et leur uniformité plus grandes. Nous croyons que la gestion et les initiatives de réforme de la fonction publique canadienne pourraient bénéficier de l'adoption d'une approche davantage stratégique.

Il est nécessaire que l'on aborde la gestion publique et la réforme de la fonction publique d'une manière plus stratégique
6.113 La gestion stratégique consiste à positionner l'organisation par rapport aux défis qu'elle doit relever et aux occasions qui s'offrent à elle. Dans cette perspective, l'un des défis les plus importants que doit relever le Canada est son déficit persistant et sa dette grandissante. Un consensus semble en voie de se dégager au sujet de la nécessité de s'interroger sur la nature des services de l'État, compte tenu des ressources dont il dispose.

6.114 Les mesures de réforme dont est l'objet la fonction publique canadienne reflètent «l'étapisme» qui caractérise l'importance progressive que l'on accorde au déficit et à la dette. FP 2000 a visé à extirper l'inefficience et améliorer les systèmes et les méthodes internes et à mettre davantage l'accent sur le service. L'initiative de restructuration annoncée en juin 1993 a pour objet la rationalisation des frais administratifs généraux et de la prestation des services, en plus de chercher à augmenter la flexibilité du gouvernement. Il est prévu que l'on réexaminera ensuite les programmes et les services, compte tenu des ressources, pour décider quels doivent être les secteurs d'activités du gouvernement.

6.115 Le problème avec «l'étapisme» est que même si chacune des réformes successives et les autres dispositions prises par le gouvernement étaient bien gérées, toute nouvelle initiative est susceptible de mettre en doute la validité ou la pertinence des mesures précédentes, ce qui peut éventuellement en diminuer les avantages ou en contrer la mise en oeuvre, voire même aller à l'encontre.

6.116 La Directive sur le réaménagement des effectifs constitue un exemple éloquent. Conclue en 1991, la Directive prévoit que les fonctionnaires dont le poste est déclaré excédentaire recevront au moins une offre d'emploi raisonnable. Certains cadres se sont demandés comment il était possible de réconcilier cette décision avec les compressions budgétaires et les réductions d'effectif qui sont imposées aux ministères. Moins de deux ans après la signature de la Directive, soit en avril 1993, le gouvernement annonçait qu'il entendait y apporter des changements fondamentaux. Certains dirigeants syndicaux ont fait connaître sans détour leur intention de s'opposer à toute modification qui aurait pour effet de supprimer la garantie d'une offre d'emploi.

6.117 Il existe d'autres exemples de conflits apparents qui portent à croire qu'il est nécessaire de faire le point sur la situation - d'examiner à nouveau les mesures en cours ou prévues à la lumière de réalités nouvelles et de celles qui émergent.

6.118 Dans ce contexte, il est utile de se référer à la restructuration qui a eu lieu en 1987 en Australie et qui ressemble, par sa nature, sa portée et son objectif, à la restructuration de juin 1993 au Canada. L'Australie a réduit de 28 à 18 le nombre de ses ministères.

6.119 À la suite de l'évaluation des réformes, on a conclu que la restructuration de la fonction publique australienne avait augmenté la stabilité organisationnelle et amélioré, tant la mise en oeuvre de programmes que l'efficacité des processus d'élaboration de politiques et de prise de décisions. On a également constaté que l'ampleur des perturbations provoquées par la restructuration avait été sous-estimée. Les évaluateurs ont souligné qu'au moment de la restructuration, on s'était concentré sur les résultats à atteindre, plutôt que sur les stratégies à mettre en place pour aider les fonctionnaires de tous les secteurs de la fonction publique à opérer les changements voulus. Par conséquent, «beaucoup de dirigeants d'organismes et d'autres employés estimaient que les changements organisationnels avaient détourné les efforts consacrés à améliorer les méthodes de gestion, plutôt que le contraire».

6.120 L'expérience de l'Australie indique le besoin de veiller à ce que l'initiative de restructuration annoncée en juin 1993, entre autres mesures, ne porte pas atteinte au renouvellement de la fonction publique. FP 2000 et l'initiative en question visent des objectifs communs et il n'est pas nécessaire qu'elles deviennent conflictuelles. Il faudra porter une attention particulière pour s'assurer qu'elles vont dans la même direction et qu'elles s'appuient mutuellement.

6.121 Vue sous cet angle, cette situation n'a rien de nouveau, mais aujourd'hui, les gouvernements se trouvent confrontés à des défis qui les poussent à remettre constamment en question leur fonction et la façon dont ils s'acquittent de leurs obligations. La rationalisation de l'administration appelle obligatoirement l'adoption d'une orientation stratégique. On ne peut plus tenir pour acquis que la prestation de services publics, par des ministères ou des organismes gouvernementaux, constitue le moyen le plus efficace d'atteindre les objectifs visés.

6.122 Il est impérieux que les réformes de la fonction publique procèdent d'une vision élaborée à la suite d'un réexamen réaliste et de la détermination des services à offrir ou pas, compte tenu des ressources, et du rôle que la fonction publique sera appelée à assumer au cours des années à venir.

6.123 Une fois que les intervenants se seront entendus sur la vision :

  • elle doit servir de fondement à l'élaboration des principes de gestion, à la conception des organisations et des systèmes administratifs;
  • des mécanismes doivent être élaborés, et les rôles et les responsabilités doivent être précisés, pour garantir que les décisions -- par exemple, celles qui portent sur des mesures budgétaires ou d'autres initiatives gouvernementales qui se répercutent sur la réforme de la fonction publique -- sont évaluées en regard de la vision, ce afin d'en optimiser la pertinence, la cohérence et l'uniformité, de même que favoriser une utilisation optimale des ressources;
  • il importe que les fonctionnaires et les autres intervenants soient tenus au courant de l'objet et de l'orientation des réformes, y compris de leur rapport avec celles qui les ont précédées et avec l'orientation stratégique globale; il importe également qu'ils participent, dans toute la mesure du possible, à l'élaboration, et à la mise en oeuvre des réformes;
  • il y a lieu d'évaluer périodiquement les progrès réalisés, afin d'établir si les objectifs spécifiques des mesures de réforme sont en voie d'être atteints, de relever les problèmes, de profiter de l'expérience accumulée, et de cerner les nouvelles orientations qui s'imposent; des rapports doivent être déposés en temps opportun devant le Parlement et soumis à l'examen d'un comité parlementaire;
  • il importe d'envisager sérieusement, au moment approprié, l'exécution d'une évaluation exhaustive des effets de la réforme et des initiatives de renouvellement en cours.
On doit porter une attention accrue aux liens entre les résultats et les coûts encourus pour les atteindre
6.124 Intrants, extrants et résultats par rapport aux grands objectifs. Le Canada, à l'instar des trois autres pays, reconnaît que, sous la contrainte des restrictions financières et sous l'effet des pressions exercées par le public en faveur d'une efficacité accrue, il est nécessaire de se concentrer davantage sur les extrants des programmes gouvernementaux, leur coût et sur les résultats atteints par rapport aux grands objectifs visés. La productivité et la qualité des services du gouvernement ont, toutes deux, pris une importance accrue. Un des effets de cette prise de conscience est une plus grande sensibilité au besoin de faire usage des intrants dont dispose le gouvernement - à la fois les deniers publics et les ressources humaines - d'une manière qui favorise l'optimisation des ressources et l'amélioration du rendement de la fonction publique.

6.125 Les quatre pays ont pris des moyens sensiblement différents, et caractérisés par plus ou moins de vigueur, pour mettre en pratique le principe énoncé ci-dessus. Tous s'accordent néanmoins sur les conditions à remplir pour assurer l'optimisation des ressources et l'amélioration du rendement de la fonction publique, à savoir :

  • la présence de mécanismes formels qui mettent en évidence les rapports entre le volume total des intrants engagés, les extrants produits et le coût de ces derniers, et les effets produits par les extrants sur l'atteinte des grands objectifs visés et ce, tant à des fins de gestion que pour la reddition publique des comptes;
  • l'utilisation de mesures et de normes connues, adoptées d'un commun accord, pour évaluer le rendement.
6.126 Par rapport à ce qui précède, le modèle adopté par la Nouvelle-Zélande est novateur, notamment parce qu'il définit précisément le rapport entre les ministres et les chefs de la direction et que, ce faisant, il est susceptible de clarifier l'obligation de rendre compte.

Pour atteindre des résultats, il faut mettre en valeur l'obligation de rendre compte tout autant que la délégation de pouvoirs
6.127 Les pouvoirs centraux d'organisations aussi grandes et complexes que sont les gouvernements des quatre pays étudiés sont tout simplement incapables d'assumer, de manière efficace et efficiente, la multitude des décisions nécessaires pour assurer une utilisation optimale des ressources et la prestation de services de qualité. Une certaine délégation de pouvoirs est donc nécessaire. Une délégation de pouvoirs est aussi primordiale pour parvenir à une plus grande sensibilisation au coût des services, à la rentabilité, de même qu'à la qualité dans la conception et dans la prestation des services publics. Si les ministres et les gestionnaires de la fonction publique n'ont pas un contrôle suffisant sur les intrants, on ne peut pas espérer une sensibilisation au coût, et encore moins, la rentabilité.

6.128 Cela dit, la délégation de pouvoirs est un moyen, et non une fin en soi. Elle n'a pas pour objet de dégager les ministres ou les gestionnaires de leurs obligations en matière de respect des politiques en vigueur, ni de leur obligation de rendre compte de leurs actions et de leurs décisions. Au contraire, si on délègue des pouvoirs, pour éviter qu'il n'y ait une abdication des responsabilités, il faut resserrer d'autant l'obligation de rendre compte.

6.129 Pour resserrer l'obligation de rendre compte, les chefs de la direction des ministères néo-zélandais et ceux des organismes d'exécution ( Next Steps agencies ) du Royaume-Uni passent des accords formels de rendement avec les ministres dont ils relèvent. La Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni ont aussi établi des liens très nets entre les attentes et la présentation d'information sur le rendement. Les ententes «contractuelles» passées entre le chef d'un ministère ou d'un organisme d'exécution et le ministre responsable sont assorties de récompenses et de sanctions implicites, sinon explicites, comme la rémunération au rendement. La délégation de pouvoirs se pratique aux termes de ces «règles du jeu» rigoureuses.

6.130 En départageant la fonction de l'élaboration des politiques des opérations ou de la prestation de services, le Royaume-Uni, à l'image de la Nouvelle-Zélande, a modifié la nature de l'obligation de rendre compte aux ministres pour la réalisation d'objectifs opérationnels. Si l'obligation de rendre compte des ministres et des chefs de la direction est définie sans ambiguïté, il est probable que l'obligation de rendre compte aux représentant élus, et à travers eux, aux contribuables, le sera aussi.

6.131 Le Bureau est préoccupé de longue date par les problèmes que continue de poser l'obligation de rendre compte, malgré les nombreuses réformes qui ont été réalisées. À notre avis, FP 2000 n'a pas redressé cette situation. Si l'initiative proposait des mesures visant d'avantage à accroître l'obligation, pour les sous-ministres et les gestionnaires, de rendre compte de la qualité de leur gestion, les changements qui sont nécessaires pour parvenir à ce résultat se font encore attendre. En outre, il reste beaucoup à faire pour que le gouvernement s'acquitte mieux de son obligation de rendre compte au Parlement.

Conclusion

Un appui soutenu à la réforme est crucial; l'engagement des élus jouera un rôle de premier plan
6.132 Il ne fait aucun doute qu'une intendance de qualité nécessite une fonction publique de qualité. Les fonctionnaires jouent un rôle d'importance capitale en recueillant ou en fournissant des conseils aux ministres sur une multitude de questions complexes, et en gérant la prestation de services et de programmes gouvernementaux au profit des Canadiens.

6.133 Au cours des mois et des années à venir, il est possible que la taille, le rôle et les activités de la fonction publique subissent des changements profonds. Cela ne diminuera en rien son importance en tant que composante indispensable de notre système de gouvernement.

6.134 L'initiative de renouvellement du Canada propose des changements qu'il faut absolument faire, compte tenu du contexte actuel - des changements profonds aux modes de gestion des fonctionnaires, et d'autres changements, dont ne peut se passer une fonction publique moderne et axée sur le service. Néanmoins, comme le révèle le présent rapport, FP 2000 est entaché de scepticisme et de cynisme, et cela pour diverses raisons. Si il y a des progrès, il n'est pas évident que le moteur du changement - notamment du changement des attitudes, la quintessence de FP 2000 - continue de tourner à plein régime. Voilà l'un des grands défis qu'il faut relever. On aurait tort de sous-estimer la complexité de cette tâche.

6.135 L'initiative de restructuration, annoncée à l'été de 1993, témoigne de la priorité accrue accordée à la situation budgétaire. Elle élargit le périmètre des changements à opérer. Elle augmente également l'importance et l'urgence de continuer à appliquer les principes proposés par l'initiative de renouvellement de la fonction publique.

6.136 Un appui soutenu à la réforme et au renouvellement doit être une priorité. Le leadership et l'appui des élus - que traduisent des gestes porteurs d'engagement - sont d'une importance capitale pour assurer le succès des initiatives de réforme et pour faire de la fonction publique canadienne une organisation vibrante, efficiente et efficace, capable de relever les défis que lui réserve l'avenir. La capacité d'agir avec cohérence, dans des conditions éprouvantes, et à long terme, sera le test ultime de la nature et de la solidité de cet engagement .