Printemps 2012 — Rapport du vérificateur général du Canada

Chapitre 3 — La dette portant intérêt

Points saillants

Introduction

Gestionnaires de la dette
Incidence des événements récents sur la dette portant intérêt
Objet de l’audit

Observations et recommandations

Stratégies de financement de la dette contractée sur les marchés

Le ministère des Finances Canada fonde ses décisions de financement sur un modèle de gestion de la dette
Le jugement et les analyses qualitatives guident la prise de décisions concernant les stratégies de gestion de la dette
Le Ministère a vérifié la solidité du modèle de gestion de la dette
Les rapports sur la performance générale de la stratégie de gestion de la dette présentés à la haute direction doivent être encore améliorés

Gestion des risques potentiels

Un cadre rigoureux de gestion des risques est en place
Les risques potentiels sont surveillés
Le Ministère a une stratégie sommaire pour favoriser l’établissement de relations avec de nouveaux investisseurs

Présentation de l’information sur la dette portant intérêt

L’information concernant la dette contractée sur les marchés est présentée clairement, mais il y a des possibilités d’amélioration
L’information sur la dette hors marché doit être clarifiée

Conclusion

À propos de l’audit

Annexe A — Récents événements qui ont eu des répercussions sur la dette portant intérêt du Canada

Annexe B — Tableau des recommandations

Pièces :

3.1 — Composition de la dette portant intérêt du Canada pour l’exercice 2010-2011 (en milliards de dollars)

3.2 — Répartition des frais d’intérêt sur la dette publique pour l’exercice 2010-2011 (en milliards de dollars)

3.3 — Rôles et responsabilités quant à la gestion de la dette publique et à la présentation de l’information connexe

3.4 — La dette contractée par le gouvernement du Canada sur les marchés a soudainement augmenté en 2008, après une longue période de baisse

3.5 — Le modèle de gestion de la dette aide les gestionnaires de la dette à élaborer une stratégie de gestion à moyen terme

3.6 — Les adjudications de titres du gouvernement du Canada sélectionnées étaient favorables

3.7 — Le cadre de gouvernance assure la gestion des risques

 

Rapport d’audit de performance

Le présent rapport fait état des résultats d’un audit de performance réalisé par le Bureau du vérificateur général du Canada en vertu de la Loi sur le vérificateur général.

Un audit de performance est une évaluation indépendante, objective et systématique de la façon dont le gouvernement gère ses activités et ses ressources et assume ses responsabilités. Les sujets des audits sont choisis en fonction de leur importance. Dans le cadre d’un audit de performance, le Bureau peut faire des observations sur le mode de mise en œuvre d’une politique, mais pas sur les mérites de celle-ci.

Les audits de performance sont planifiés, réalisés et présentés conformément aux normes professionnelles d’audit et aux politiques du Bureau. Ils sont effectués par des auditeurs compétents qui :

  • établissent les objectifs de l’audit et les critères d’évaluation de la performance;
  • recueillent les éléments probants nécessaires pour évaluer la performance en fonction des critères;
  • communiquent les constatations positives et négatives;
  • tirent une conclusion en regard des objectifs de l’audit;
  • formulent des recommandations en vue d’apporter des améliorations s’il y a des écarts importants entre les critères et la performance évaluée.

Les audits de performance favorisent une fonction publique soucieuse de l’éthique et efficace, et un gouvernement responsable qui rend des comptes au Parlement et à la population canadienne.

Points saillants

Qu’avons-nous examiné?

La gestion de la dette renvoie à la façon dont le gouvernement du Canada se procure des fonds pour combler ses besoins d’emprunt, aux décisions qu’il prend et aux actions qu’il pose par rapport à la composition de la dette contractée sur les marchés et à la façon dont il gère ces activités. La dette portant intérêt du gouvernement du Canada se compose principalement de deux ensembles de passifs : d’une part, la dette contractée sur les marchés et, d’autre part, les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public. La dette contractée sur les marchés correspond à l’argent emprunté par le gouvernement sur les marchés des capitaux. Elle est gérée par le ministère des Finances Canada. Au 31 mars 2011, elle s’élevait à 597 milliards de dollars. Les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public s’inscrivent dans la dette contractée hors marché. Elles correspondent aux obligations du gouvernement associées aux régimes de retraite de la fonction publique, des Forces canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada. Au 31 mars 2011, ces obligations se chiffraient à 146 milliards de dollars.

La dette contractée sur les marchés et les obligations liées aux régimes de retraite représentent ensemble plus de 92 % de la dette portant intérêt, laquelle totalisait 802 milliards de dollars au 31 mars 2011. En 2010-2011, les frais d’intérêt étaient de 30,9 milliards de dollars, soit 11,4 % des dépenses du gouvernement fédéral.

Nous nous sommes penchés sur la façon dont le ministère des Finances Canada élabore des stratégies pour gérer la dette contractée sur les marchés. Nous avons examiné ses pratiques de gestion des risques, ainsi que la façon dont il surveille la performance de la stratégie de financement de la dette et rend compte des résultats à cet égard. Nous avons également examiné comment le ministère des Finances Canada et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada présentent l’information concernant les frais de la dette portant intérêt et l’incidence budgétaire des obligations liées aux régimes de retraite du secteur public.

Les travaux d’audit dont il est question dans le présent chapitre ont été pour l’essentiel terminés le 31 octobre 2011. Les détails concernant l’exécution de l’audit sont fournis à la fin du présent chapitre, dans la section intitulée À propos de l’audit.

Pourquoi est-ce important?

La gestion de la dette est le plus vaste programme du gouvernement fédéral après les transferts aux personnes âgées et les transferts aux autres ordres de gouvernement. La solidité des finances publiques est donc directement influencée par la façon dont la dette contractée sur les marchés est gérée. Les gestionnaires de la dette doivent s’appuyer sur des processus et des outils robustes pour choisir les bonnes stratégies pour gérer la dette contractée sur les marchés – d’une part, pour équilibrer les coûts et les risques de façon à obtenir du financement stable et à faible coût et, d’autre part, pour soutenir le bon fonctionnement des marchés où se négocient les titres du gouvernement du Canada.

La crise de la dette souveraine dans la zone euro et aux États-Unis confirme la nécessité d’utiliser de bonnes stratégies pour gérer la dette. En effet, de telles stratégies sont source de stabilité et rassurent les participants aux marchés. De plus, elles contribuent à maintenir la viabilité budgétaire à long terme des finances publiques.

Outre la dette contractée sur les marchés, les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public et les frais d’intérêt afférents ont une incidence profonde sur la situation budgétaire du gouvernement. Il importe donc que les Canadiens aient accès à une information claire à ce sujet et en ce qui concerne les frais d’intérêt qui y sont associés et leur incidence sur les déficits ou les excédents budgétaires. Il s’agit de sommes importantes qui peuvent influer sur les choix stratégiques du gouvernement, car elles limitent sa marge de manœuvre budgétaire.

Qu’avons-nous constaté?

  • Le ministère des Finances Canada utilise un processus solide pour élaborer ses stratégies de gestion de la dette. Ce processus, qui repose sur un modèle de gestion de la dette détaillé et robuste, fait appel au jugement des hauts dirigeants et tient compte des consultations menées auprès de négociants et d’investisseurs. Le modèle et les analyses qualitatives et quantitatives aident les gestionnaires de la dette à faire des recommandations quant aux structures à privilégier à l’égard de la dette. Il s’agit donc d’un progrès énorme depuis notre dernier audit il y a 12 ans.
  • Le ministère des Finances Canada surveille l’atteinte de l’objectif d’efficience du marché des titres du gouvernement du Canada, et il parvient à atteindre cet objectif. Jusqu’à tout récemment, il avait recours à des mesures qui ne permettaient pas d’évaluer pleinement s’il parvenait à atteindre l’objectif de financement stable à faible coût pour le gouvernement du Canada grâce à une structure de la dette qui assure un juste équilibre entre les coûts et les risques. Après la période visée par l’audit, le Ministère a commencé à surveiller plus efficacement la mesure dans laquelle il parvient à assurer l’équilibre entre les coûts et les risques, mais il ne peut pas encore démontrer que la stratégie de gestion de la dette permet d’atteindre l’objectif visé. Le Ministère publie des renseignements clairs au sujet de la dette contractée sur les marchés, mais il pourrait publier plus de détails sur ce qui l’a motivé à adopter une certaine stratégie de gestion de la dette et sur le rendement du programme.
  • Le ministère des Finances Canada a mis en place un cadre solide de gestion des risques. Il l’utilise pour évaluer et surveiller les risques potentiels ainsi que les changements de besoins financiers qui pourraient avoir une incidence sur la stratégie de gestion de la dette. Cela dit, il ne déploie pas autant d’efforts qu’il le pourrait pour promouvoir les titres du gouvernement du Canada auprès des participants aux marchés et ainsi diversifier sa clientèle d’investisseurs.
  • Le Canada est un chef de file parmi les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques pour ce qui est de reconnaître dans ses états financiers les obligations découlant des régimes de pension de retraite du secteur public. De fait, très peu de pays font état de ces obligations dans leurs états financiers. Toutefois, même si l’information financière fournie au sujet des régimes de retraite est complète, elle est dispersée dans plusieurs rapports et elle n’est pas présentée de façon à être facile à consulter. Il est donc difficile pour les parlementaires et les Canadiens de comprendre aisément à la fois l’incidence potentielle de ces obligations sur l’équilibre budgétaire et la façon dont elles influencent les choix que font les décideurs. En outre, la composition des frais d’intérêt prévus au Budget des dépenses n’est pas présentée clairement. Enfin, le ministère des Finances Canada n’a pas accès en temps opportun aux mises à jour trimestrielles de l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public concernant les rendements réels des placements des fonds de retraite du secteur public. Une telle information aiderait le Ministère à évaluer l’incidence que pourraient avoir des fluctuations imprévues sur les excédents ou les déficits budgétaires.

Réaction des entités — Les entités acceptent nos recommandations. Une réponse détaillée suit chacune des recommandations du chapitre.

Introduction

3.1 Le gouvernement du Canada émet des titres – par exemple des obligations négociables en dollars canadiens ou en devises étrangères, des bons du Trésor et des obligations d’épargne du Canada – afin de combler ses besoins financiers. La dette portant intérêt comprend, en plus de ces titres, d’autres obligations financières du gouvernement (comme les régimes de pension de retraite du secteur public). La dette portant intérêt est importante : elle s’élevait à environ 802 milliards de dollars en 2010-2011. Chaque année, des milliards de dollars sont consacrés au paiement des intérêts sur cette dette. En 2010-2011, les frais d’intérêt sur la dette portant intérêt représentaient plus de 11 % des dépenses du gouvernement et équivalaient à 13 % de ses recettes.

3.2 Aux fins du présent rapport, la dette portant intérêt du gouvernement du Canada est considérée comme étant composée de deux grands types d’obligations, soit :

  • la dette contractée sur les marchés – dette que le gouvernement du Canada finance sur les marchés des capitaux. Elle comprend les obligations négociables en dollars canadiens et en devises étrangères, les bons du Trésor ainsi que les titres sur le marché de détail;
  • la dette contractée hors marché – dette principalement constituée des obligations liées aux régimes de retraite du secteur public. Elle comprend aussi d’autres obligations telles que les avantages futurs des employés et des anciens combattants.

3.3 Au 31 mars 2011, la dette du gouvernement contractée sur les marchés totalisait environ 597 milliards de dollars et les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public s’élevaient à 146 milliards de dollars (voir la pièce 3.1). Ensemble, la dette contractée sur les marchés et les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public constituaient plus de 92 % de la dette portant intérêt.

Pièce 3.1 — Composition de la dette portant intérêt du Canada pour l’exercice 2010-2011 (en milliards de dollars)

Diagramme à secteurs qui présente la composition de la dette portant intérêt du Canada pour l'exercice 2010-2011

[version textuelle]

* Les obligations liées aux régimes de retraite comprennent également une somme de 802 millions de dollars, associée au régime de retraite des parlementaires, et une somme de 2,1 milliards de dollars, associée au régime de retraite des juges.

 ** La catégorie Autres obligations comprend les avantages futurs des anciens combattants et des autres employés, les obligations découlant des contrats de location–acquisition (sommes dues au titre d’ententes de location à long terme d’actifs tels que les locaux à bureaux) et un rajustement de la valeur de la dette contractée sur les marchés (qui tient compte de la réévaluation des échanges de devises, des escomptes et des primes non amortis sur la dette contractée sur les marchés).

*** Les titres sur le marché de détail s’entendent de la part de la dette qui est détenue par des Canadiens sous la forme d’obligations d’épargne du Canada et d’obligations à prime du Canada. 

Source : Comptes publics du Canada 2010-2011, volume I.

3.4 Comme le montre la pièce 3.2, les frais d’intérêt sur la dette portant intérêt s’élevaient à 30,9 milliards de dollars en 2010-2011. Étant donné qu’ils représentent une somme importante, les frais d’intérêt ont une grande incidence sur les excédents et les déficits du gouvernement. Les obligations négociables, les bons du Trésor et les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public totalisent 725,2 milliards de dollars (voir la pièce 3.1) et coûtent aux contribuables 27,5 milliards de dollars en frais d’intérêt (voir la pièce 3.2). Chaque année, le ministre des Finances approuve la stratégie de gestion de la dette. Cette stratégie établit, entre autres, les objectifs, la stratégie et les plans du gouvernement du Canada en ce qui a trait à la gestion de la dette contractée sur les marchés. La comptabilisation des autres obligations, comme celles liées aux régimes de retraite du secteur public, ainsi que la stratégie de gestion de la dette qui détermine les emprunts ont une incidence sur les frais d’intérêt.

Pièce 3.2 — Répartition des frais d’intérêt sur la dette publique pour l’exercice 2010-2011 (en milliards de dollars)

Diagramme à secteurs répartissant les frais d'intérêts sur la dette publique du Canada pour l'exercice 2010-2011

[version textuelle]

* Les intérêts sur les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public comprennent une somme de 37 millions de dollars, associée au régime de retraite des parlementaires, et une somme de 91 millions de dollars, associée au régime de retraite des juges.

** La catégorie Autres obligations comprend les avantages futurs des anciens combattants et des autres employés, les obligations découlant des contrats de location-acquisition et la réévaluation des échanges de devises.

*** Le total ne donne pas 30,9 milliards de dollars, car les chiffres ont été arrondis.

Source : Comptes publics du Canada, 2010-11, volumes I et III.

Gestionnaires de la dette

3.5 Le ministère des Finances Canada est responsable de gérer la dette contractée sur les marchés et d’en rendre compte. Le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, le ministère des Finances Canada, la Défense nationale et Sécurité publique Canada ont des responsabilités de gestion et de présentation d’information en ce qui a trait aux obligations liées aux régimes de retraite du secteur public (voir la pièce 3.3).

Pièce 3.3 — Rôles et responsabilités quant à la gestion de la dette publique et à la présentation de l’information connexe

Entité responsable Responsabilités
Dette contractée sur les marchés

Ministère des Finances Canada

En vertu de la Loi sur la gestion des finances publiques (partie IV, Dette publique) :

  • Assure la planification stratégique et la gestion opérationnelle des emprunts du gouvernement.
  • Oriente et surveille la politique et la stratégie de gestion de la trésorerie, fournit des conseils d’orientation stratégique au ministre et prépare et publie des rapports sur la gestion de la trésorerie.

Autre :

  • Analyse la situation budgétaire du Canada et en rend compte, y compris en ce qui a trait aux frais d’intérêt et aux perspectives budgétaires.

Banque du Canada

En vertu de la Loi sur la Banque du Canada :

  • Remplit les fonctions d’agent financier du gouvernement. À titre d’agent financier du gouvernement, la Banque du Canada vend par adjudication les bons et les obligations négociables du gouvernement du Canada à des distributeurs de titres d’État et à des clients approuvés.
Obligations liées aux régimes de retraite du secteur public

Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada

Présentation de rapports sur le régime de pension de retraite de la fonction publique :

  • Conformément à la Loi sur la pension de la fonction publique, rend compte une fois par année au Parlement (par l’entremise du président) de l’administration du régime de pension de retraite de la fonction publique, y compris en ce qui concerne les montants versés au compte de pension de retraite et les montants payés sur le compte de pension de retraite.
  • Fournit des conseils généraux à la Gendarmerie royale du Canada et à la Défense nationale au sujet de la reddition de comptes relativement à leur régime de retraite respectif.

(Le ministre de la Défense nationale et le ministre de la Sécurité publique présentent des rapports annuels en vertu de la Loi sur la pension de retraite des Forces canadiennes et de la Loi sur la pension de retraite de la Gendarmerie royale du Canada, respectivement, concernant la gestion de leur régime respectif.)

Comptes publics du Canada :

  • Conformément à la Loi sur la gestion des finances publiques, établit la structure des Comptes publics du Canada conjointement avec le ministère des Finances Canada (se fait par l’entremise du président du Conseil du Trésor et du ministre des Finances).
  • Rend compte des obligations liées aux régimes de retraite et des dépenses liées aux régimes de retraite dans les Comptes publics du Canada, et les présente notamment dans les états financiers du gouvernement, en veillant à ce que ses pratiques comptables soient conformes aux principes comptables généralement reconnus au Canada pour le secteur public.
  • S’assure que les évaluations actuarielles pour tous les régimes de retraite du secteur public sont préparées comme il se doit aux fins des Comptes publics du Canada.

Budget des dépenses :

  • Dirige la préparation du Budget des dépenses que présente le gouvernement afin d’obtenir du Parlement l’autorisation de dépenser, en travaillant conjointement avec les ministères et les organismes (voir le paragraphe 3.60).
Incidence des événements récents sur la dette portant intérêt

3.6 Le programme de gestion de la dette est le plus vaste programme du gouvernement fédéral après les transferts aux personnes âgées et les transferts aux autres ordres de gouvernement. L’un des objectifs clés du programme est de combler les besoins financiers du gouvernement en lui fournissant un financement stable et à faible coût – c’est-à-dire un financement qui offre un équilibre entre la nécessité de réduire au minimum les frais d’intérêt (coûts) et l’exposition à la fluctuation des frais d’intérêt (risques). Le deuxième objectif clé consiste à assurer l’efficience du marché des titres du gouvernement du Canada, laquelle contribue à la stabilité des coûts de la dette et au maintien de ces coûts à un niveau peu élevé et s’avère avantageuse, de façon générale, pour un large éventail de participants au marché canadien.

3.7 Pendant 11 exercices, soit de 1997-1998 à 2007-2008, le gouvernement a enregistré des excédents budgétaires. Comparativement au sommet atteint en 1996-1997, la dette totale contractée sur les marchés avait reculé de plus de 17 % en 2007-2008 (voir la pièce 3.4). Comme la dette du gouvernement fédéral était en baisse, ce qui réduisait du même coup les besoins d’emprunt du gouvernement par l’entremise de la vente de titres, les gestionnaires de la dette devaient sans cesse veiller à ce que les émissions de bons du Trésor et d’obligations soient suffisantes pour assurer la liquidité du marché. Au cours de l’exercice 2007-2008, les gestionnaires de la dette ont subitement dû faire face à une hausse rapide des besoins financiers. Comme le montre la pièce 3.4, les nouveaux emprunts du gouvernement ont totalisé 203 milliards de dollars entre les exercices 2007-2008 et 2010-2011.

Pièce 3.4 — La dette contractée par le gouvernement du Canada sur les marchés a soudainement augmenté en 2008, après une longue période de baisse

Diagramme à barres verticales présentant la dette contractée sur les marchés pour les exercices de 1996-1997 à 2010-2011

[version textuelle]

Source : Ministère des Finances Canada, Rapport sur la gestion de la dette 2010-2011

3.8 Certaines décisions stratégiques et certains événements, comme la consolidation des emprunts de certaines sociétés d’État, l’instabilité des marchés financiers et les mesures de relance économique du gouvernement fédéral, ont entraîné une hausse des emprunts du gouvernement. Ces événements et décisions stratégiques, conjugués aux changements apportés aux régimes de retraite du secteur public, ont eu une incidence sur la dette portant intérêt et sur la gestion de celle-ci. L’annexe A fournit plus de détails sur ces décisions stratégiques et événements.

Objet de l’audit

3.9 Nous avons examiné si le ministère des Finances Canada et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, dans le cadre de leurs responsabilités respectives, avaient géré efficacement la dette portant intérêt du gouvernement du Canada. Nous nous sommes penchés sur les pratiques de gestion de la dette et de production de rapports entre le 1er avril 2007 et le 31 mars 2011. L’audit était axé sur la dette portant intérêt, y compris la façon dont la dette contractée sur les marchés est gérée et la mesure dans laquelle l’incidence des obligations liées aux régimes de retraite du secteur public (fonction publique, Gendarmerie royale du Canada et Forces canadiennes, y compris la Force de réserve) est surveillée et communiquée.

3.10 Nous avons examiné différentes composantes de la dette portant intérêt, soit les obligations négociables en dollars canadiens, les bons du Trésor et les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public. Nous ne nous sommes pas penchés sur le Programme de placement de titres sur le marché de détail, ni sur les emprunts en devises étrangères, ni sur la consolidation d’emprunts de sociétés d’État. Nous avons également laissé de côté les obligations liées aux régimes de retraite des juges nommés par le gouvernement fédéral et des parlementaires, qui sont soumises à des dispositions particulières, ainsi que d’autres obligations telles que les obligations découlant des contrats de location-acquisition ainsi que les avantages futurs des anciens combattants et des employés. Notre audit a porté sur environ 90 % de la dette portant intérêt.

3.11 Nous avons examiné les processus et les outils auxquels a recours le ministère des Finances Canada pour élaborer et favoriser les stratégies de gestion de la dette contractée sur les marchés. Nous nous sommes également penchés sur la façon dont le Ministère gère les risques ainsi que sur la manière dont la performance de la stratégie de gestion de la dette est surveillée et dont les résultats liés à la performance sont utilisés pour soutenir les décisions en matière de gestion de la dette, y compris les résultats obtenus jusqu’à présent. Enfin, nous avons examiné la façon dont le Ministère et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada présentent l’information concernant les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public, les intérêts sur ces obligations et l’incidence de ces obligations sur la situation budgétaire du gouvernement.

3.12 La section intitulée À propos de l’audit, à la fin du chapitre, fournit d’autres détails sur l’objectif, l’étendue, la méthode et les critères de l’audit.

Observations et recommandations

Stratégies de financement de la dette contractée sur les marchés

3.13 Le choix d’une stratégie de gestion de la dette qui répond aux objectifs de programme constitue un défi lorsque les perspectives budgétaires et économiques sont incertaines et que les marchés financiers sont instables. Les gestionnaires de la dette doivent trouver un équilibre entre les coûts et les risques afin que les objectifs du gouvernement puissent être atteints. Ces objectifs consistent à obtenir un financement stable à faible coût et à assurer l’efficience des marchés où se négocient les titres de dette du gouvernement du Canada. Afin d’atteindre ces objectifs, les gestionnaires de la dette doivent parvenir à établir graduellement une structure de la dette qui, à long terme, réduise au maximum les frais d’intérêt, tout en gérant le refinancement de la dette au fil du temps et en assurant un niveau de liquidité adéquat pour l’ensemble des titres émis pour toutes les échéances.

3.14 Une stratégie de gestion de la dette efficace doit reposer à la fois sur des données quantitatives et sur le jugement des gestionnaires de la dette. À cet égard, les gestionnaires de la dette devraient se fonder sur les perspectives budgétaires et économiques, les analyses de la stratégie de gestion de la dette et les renseignements obtenus auprès des participants aux marchés (les distributeurs et courtiers qui achètent et vendent des titres) lors de consultations. Ils visent donc à trouver un équilibre entre les frais d’intérêt (coûts) et la volatilité des frais d’intérêt (risques) ainsi qu’à assurer l’efficience des marchés où se négocient les titres de la dette du gouvernement.

3.15 Le gouvernement a le choix entre différentes stratégies de financement pour atteindre ses objectifs de programme. Lorsqu’il émet des titres, il doit déterminer quelles sont les meilleures options de financement – les titres peuvent être émis sous diverses formes, comme des bons du Trésor à 3, à 6 et à 12 mois et des obligations à 2, à 3, à 5, à 10 et à 30 ans (y compris les obligations à 30 ans indexées en fonction de l’inflation). Après examen des coûts d’emprunt, de la stabilité des frais d’intérêt, des risques de refinancement et de l’incidence sur les marchés des capitaux au pays, les gestionnaires de la dette font des recommandations quant aux titres devant être émis. En général, l’émission de titres à long terme pour financer la dette entraîne des coûts plus élevés. Par contre, elle rend les coûts d’emprunt plus prévisibles et réduit les risques de refinancement. À l’inverse, l’émission de titres à court terme est assortie de coûts moindres, mais elle se traduit par une plus grande volatilité des frais d’intérêt et par un risque accru que le gouvernement éprouve des difficultés s’il devait refinancer la dette en question. Les gestionnaires de la dette doivent trouver un juste équilibre entre le financement à court terme, qui offre l’avantage de coûts moindres, et le financement à long terme, qui est moins risqué, mais assorti de coûts plus élevés.

3.16 Le recours à des indicateurs (mesures) permettant de surveiller la performance de la stratégie de gestion de la dette et d’en rendre compte est essentiel à une gestion efficace de la dette. Des organisations internationales telles que la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques recommandent que la performance des stratégies de gestion de la dette soit évaluée régulièrement. La surveillance des indicateurs et la production de rapports à ce sujet permettent aux gestionnaires de s’assurer que les résultats cadrent avec les objectifs de gestion de la dette du gouvernement.

3.17 Nous nous sommes penchés sur le processus décisionnel utilisé par le ministère des Finances Canada pour appuyer le choix des stratégies de gestion de la dette contractée sur les marchés et la formulation de recommandations stratégiques. Nous avons examiné entre autres la façon dont on utilise le modèle de gestion de la dette du Ministère, un programme informatisé de simulation de différentes stratégies de financement, pour aider les gestionnaires de la dette à répondre aux besoins de financement du gouvernement du Canada. Nous avons examiné si les gestionnaires de la dette veillaient à ce que le modèle produise des résultats fiables. Nous avons également vérifié si le Ministère utilisait des indicateurs pour évaluer la performance de la stratégie de gestion de la dette et en rendre compte. Nous avons étudié des documents de recherche, des présentations et des procès-verbaux de réunions au cours desquelles les hauts dirigeants avaient abordé et analysé la stratégie de gestion de la dette. Nous avons également interviewé des fonctionnaires du Ministère et des employés de la Banque du Canada, ainsi que des responsables de la gestion de la dette d’autres pays.

Le ministère des Finances Canada fonde ses décisions de financement sur un modèle de gestion de la dette

3.18 Nous avons constaté que le Ministère avait accès à des outils et à des méthodes d’analyse beaucoup plus perfectionnés qu’il y a 12 ans, lors de notre dernier audit des pratiques de gestion de la dette contractée sur les marchés. Le Ministère a mis en place un processus rigoureux, reposant en grande partie sur le recours à des analyses quantitatives, afin de pouvoir élaborer des stratégies de gestion de la dette et soupeser les différents éléments afin de trouver un équilibre entre les objectifs de programme. Le Ministère et la Banque du Canada ont élaboré un modèle de gestion de la dette détaillé et complexe (voir la pièce 3.5). Ils ont commencé à y travailler en 2002 et y ont apporté d’importantes améliorations en 2007. Le modèle, qui tient compte d’hypothèses concernant l’évolution de l’économie, des taux d’intérêt et des besoins financiers, comprend plus de 250 sous-programmes et plus de 100 paramètres et permet de faire des projections relativement à différentes possibilités de structure de la dette.

Pièce 3.5 — Le modèle de gestion de la dette aide les gestionnaires de la dette à élaborer une stratégie de gestion à moyen terme

Le modèle

Les résultats du modèle de gestion de la dette permettent aux gestionnaires de la dette de déterminer la relation qui existe entre les risques (volatilité) et les frais d’intérêt sur la dette (coûts) en générant une représentation graphique connue sous le nom de « frontière d’efficience ».

Le modèle comprend des ensembles d’équations qui permettent de déterminer, compte tenu d’une stratégie de gestion de la dette donnée ainsi que de résultats futurs donnés en matière de macroéconomie et de taux d’intérêt, la façon dont la dette venant à échéance et les nouveaux besoins financiers sont refinancés, la façon dont les frais d’intérêt sont calculés et la mesure dans laquelle ces résultats ont une incidence sur l’ampleur de la dette et sur la composition de la dette.

Élaboration d’une stratégie de gestion de la dette à moyen terme

Les gestionnaires de la dette se fondent sur les résultats produits par le modèle pour recommander une structure de la dette qui offre l’équilibre souhaité entre les coûts et les risques, tout en tenant compte du risque de refinancement, du profil des échéances et des besoins de liquidités à moyen terme.

Le graphique ci-dessous montre que si le recours aux obligations à long terme entraîne une hausse des coûts (voir le point A), il devrait par ailleurs se traduire par une volatilité moindre. À l’opposé, il est possible de réduire les coûts de financement de la dette en émettant davantage de titres à court terme, comme des bons du Trésor (voir le point B). Cela dit, l’approche misant sur les titres à court terme aura pour conséquence d’accroître la volatilité. Le modèle aide les gestionnaires de la dette à définir la zone qui correspond au meilleur équilibre entre les coûts et les risques et qui permettra ainsi d’obtenir un financement stable et à faible coût.

Diagramme intitulé « Frontière d'efficience » qui résumant la corrélation entre les coûts et les risques

[version textuelle]

3.19 Le modèle permet aux gestionnaires de la dette de mieux comprendre la relation complexe qui existe entre des variables économiques clés et les aide à établir une répartition souhaitable du financement. La stratégie de gestion de la dette à moyen terme de 2010-2011 a été élaborée à la lumière d’analyses et de résultats produits par le modèle de gestion de la dette de 2007.

Le jugement et les analyses qualitatives guident la prise de décisions concernant les stratégies de gestion de la dette

3.20 Nous avons constaté que le Ministère pouvait fixer les paramètres du modèle de façon à ce que toutes les possibilités de financement soient considérées, ce qui est à la fois prudent et essentiel si l’on veut que le financement puisse être modifié en fonction de l’évolution des besoins de financement, comme cela a été le cas en 2008. Les paramètres sont définis de sorte qu’ils permettent :

  • de déterminer le montant minimum des titres du gouvernement devant être émis (valeur minimale de référence pour chacun des segments de la gamme d’échéances), en tenant compte des commentaires des participants aux marchés et du jugement des gestionnaires de la dette;
  • d’établir la prime que paierait le gouvernement (aussi connue sous le nom de fonction de pénalité ou de prime de liquidité) si le montant des titres émis ne correspondait pas aux attentes du marché (ce paramètre repose sur le jugement des gestionnaires de la dette et il est rajusté à la lumière des commentaires formulés par les spécialistes du marché);
  • de déterminer la combinaison d’échéances devant être retenue pour réduire le risque de refinancement et pour répartir ces échéances au cours d’une année.

3.21 Les résultats fournis récemment par le modèle révèlent qu’il est avantageux d’émettre plus d’obligations à court terme et à moyen terme, plutôt que des obligations à long terme. Le modèle fait ressortir qu’une telle stratégie permet d’améliorer la structure de la dette à long terme, tout en réduisant les risques de devoir assumer des frais d’intérêt plus élevés. En s’appuyant sur les résultats des simulations et sur leur jugement, les gestionnaires de la dette peuvent comparer les coûts et les risques pour définir un ensemble de stratégies de financement possibles qu’ils recommanderont aux hauts dirigeants et au ministre. La recommandation tient également compte de l’exposition au risque de refinancement, du profil des échéances et des besoins en matière de liquidité.

3.22 Nous avons constaté que les gestionnaires de la dette présentaient à la haute direction des hypothèses concernant les taux d’intérêt, le contexte macroéconomique et la planification budgétaire. Les perspectives budgétaires dont tient compte le Ministère pour planifier la stratégie de gestion de la dette sont conformes aux projections utilisées dans le cadre du Budget, présenté chaque année (et qui comprend les déficits ou les excédents ainsi que les besoins financiers projetés). Les gestionnaires de la dette s’entretiennent avec des fonctionnaires de la Direction de la politique économique et fiscale du ministère des Finances Canada au sujet des scénarios d’évolution des taux d’intérêt, de la volatilité budgétaire et des niveaux de tolérance à l’égard des risques. Par ailleurs, les fonctionnaires tiennent compte de la situation budgétaire et des besoins financiers lorsqu’ils examinent la stratégie de gestion de la dette proposée. Les besoins financiers sont mis à jour deux fois par année et revus chaque mois. Les gestionnaires de la dette tiennent compte de l’incertitude liée à ces besoins.

3.23 Au moment de choisir le portefeuille de dette qui convient le mieux, les hauts dirigeants tiennent compte des préférences à l’égard des risques, de la tolérance aux risques et des contraintes auxquelles le gouvernement doit faire face lorsqu’il émet des titres. Ces contraintes comprennent les montants minimum et maximum des titres devant être émis pour assurer l’efficience du marché. Dans le cadre de notre examen, nous avons observé que les hauts dirigeants tenaient compte de ces facteurs au moment de choisir la meilleure stratégie de gestion de la dette et qu’ils exerçaient leur jugement au moment de recommander cette stratégie au ministre des Finances.

3.24 Une participation active aux marchés est nécessaire pour assurer le succès des adjudications de titres du gouvernement ainsi que l’atteinte des objectifs du programme de gestion de la dette. Nous avons constaté que la rétroaction obtenue des participants aux marchés était un élément essentiel du processus de prise de décisions en ce qui a trait à la recommandation d’options pour la stratégie de gestion de la dette.

3.25 Le gouvernement adopte une démarche stratégique pour ses emprunts sur le marché canadien. Les gestionnaires de la dette établissent, avec les participants aux marchés, une relation fondée sur la crédibilité et la prévisibilité du gouvernement (par exemple au moyen d’opérations transparentes et d’un calendrier des émissions de titres annoncé au préalable). À long terme, cette démarche pourrait se traduire par la baisse des coûts d’emprunt, la réduction des risques et le bon fonctionnement des marchés pour les titres gouvernementaux. La crise financière de 2008 et la récente situation entourant la dette souveraine de certains pays de la zone euro et des États-Unis au moment où le présent audit était réalisé montrent bien la nécessité d’établir de saines stratégies de gestion de la dette, car elles procurent de la stabilité et rassurent les participants aux marchés.

3.26 Les discussions engagées sur les différentes options de financement donnent aux participants aux marchés l’occasion d’exprimer leurs points de vue et leurs préoccupations en ce qui concerne la stratégie de gestion de la dette. Dans le cadre de consultations menées régulièrement auprès des participants aux marchés, la conjoncture générale est abordée, la performance du programme d’emprunt est examinée et les hypothèses de modélisation du gouvernement sont validées, comme le montant minimal des futures émissions de titres en dollars. Les gestionnaires de la dette tiennent compte des points de vue des participants aux marchés, mais ils se fient aussi à leur jugement et aux résultats que produit le modèle pour en venir à une décision finale. Par exemple, nous avons constaté que les gestionnaires de la dette avaient discuté du rétablissement de l’obligation à 3 ans avec les participants aux marchés, qui se disaient peu favorables à la réintroduction d’une telle obligation après une interruption de 12 ans. Les gestionnaires de la dette se sont servis de leur jugement ainsi que des résultats du modèle pour recommander le rétablissement de l’obligation à 3 ans. Autre exemple : les participants aux marchés ont dit préférer que le gouvernement augmente la quantité d’obligations à 30 ans émises, mais les gestionnaires de la dette se sont prononcés contre cette idée, parce que cette mesure aurait été plus coûteuse à long terme.

Le Ministère a vérifié la solidité du modèle de gestion de la dette

3.27 Étant donné que le choix d’une stratégie repose, entre autres, sur les résultats de la modélisation, les gestionnaires de la dette doivent s’assurer que le modèle est bien conçu et exhaustif dans ses calculs et ses simulations. Pour une même stratégie de financement, différentes approches de modélisation produiront des prévisions qui seront différentes quant aux principaux risques et aux caractéristiques relatives aux coûts. Lorsqu’il s’agit de tester la solidité du modèle et d’en vérifier la fiabilité, il faut procéder à une analyse de sensibilité des résultats.

3.28 Plusieurs paramètres clés doivent être évalués avant que les résultats du modèle ne puissent être utilisés pour appuyer la prise de décisions relativement à la stratégie de gestion de la dette. Nous avons constaté qu’une analyse de sensibilité avait été effectuée sur le modèle. Cette analyse a montré que la modélisation avait produit des résultats qui permettaient de bien éclairer les gestionnaires de la dette sur la meilleure stratégie de gestion de la dette. Nous avons également constaté que les résultats du modèle avaient été testés par l’application de scénarios économiques potentiels, optimistes et pessimistes (simulations de crise).

3.29 Nous avons constaté que le Ministère avait exercé une diligence raisonnable dans son examen des variables et des hypothèses du modèle. Par exemple, en 2007, le Ministère a embauché un spécialiste en modélisation pour évaluer le modèle. Ce spécialiste a recommandé que des changements y soient apportés pour en améliorer la fonctionnalité, ce qui a été fait.

3.30 Nous avons constaté que le ministère des Finances Canada et la Banque du Canada échangeaient de l’information et collaboraient avec des experts des modèles de gestion de la dette d’autres pays afin d’améliorer continuellement le modèle de gestion de la dette du gouvernement. Il convient de remarquer que le bureau de gestion de la dette d’un autre pays envisage d’adopter le modèle de gestion de la dette du Canada.

Les rapports sur la performance générale de la stratégie de gestion de la dette présentés à la haute direction doivent être encore améliorés

3.31 Les gestionnaires de la dette doivent s’assurer que la performance de la stratégie de gestion de la dette est à la hauteur des objectifs du programme de gestion de la dette et des résultats attendus de celle-ci. Pendant de nombreuses années, la part de la dette à taux fixe du portefeuille de la dette constituait le principal indicateur utilisé par les gestionnaires de la dette pour s’assurer que le gouvernement ait accès à un financement stable à faible coût. Le Ministère a conclu que la part de la dette à taux fixe ne donnait pas, à elle seule, suffisamment d’information sur la mesure dans laquelle la performance du portefeuille de la dette correspondait aux objectifs de la stratégie de gestion de la dette.

3.32 Nous avons constaté que le Ministère surveillait le portefeuille de la dette. Le Ministère et la Banque du Canada ont élaboré un nouveau rapport trimestriel sur la gestion de la dette en mars 2011. Ce rapport suit l’évolution du portefeuille de la dette et fournit à la haute direction des renseignements qui portent entre autres sur les éléments suivants :

  • les besoins financiers du gouvernement;
  • la dette existante, par type de titre et par échéance;
  • les émissions de titres qui arrivent à échéance;
  • les résultats des dernières adjudications de titres. Ces résultats sont suivis dans le but de mesurer à quel point le marché a bien réagi à l’adjudication.

3.33 Dans ce rapport trimestriel, le Ministère utilise un ensemble d’indicateurs, dont les suivants :

  • le terme moyen à couvrir;
  • la part de la dette à refinancer (dette qui sera refinancée au cours de la prochaine année, exprimée en pourcentage du portefeuille de la dette);
  • les obligations venant à échéance;
  • le montant total de la dette contractée sur les marchés;
  • d’autres indicateurs sélectionnés (par exemple l’écart d’adjudication, le rendement et le ratio de couverture aux adjudications de titres).

3.34 Le rapport trimestriel permet aux fonctionnaires de surveiller la mesure dans laquelle la stratégie de gestion de la dette atteint l’objectif qui consiste à maintenir le bon fonctionnement du marché des titres du gouvernement du Canada. Cette information permet aux gestionnaires de la dette d’évaluer le bon fonctionnement du marché des titres du gouvernement du Canada ainsi que le succès de la stratégie de gestion de la dette à moyen terme. La pièce 3.6 illustre les très faibles coûts d’emprunt (faible rendement), le ratio d’adjudication élevé et le faible écart d’adjudication dans le cas de certaines obligations du gouvernement du Canada émises juste avant le 31 mars 2011. Il est donc manifeste que le ministère des Finances Canada surveille la réalisation de l’objectif de bon fonctionnement du marché et qu’il atteint cet objectif.

Pièce 3.6 — Les adjudications de titres du gouvernement du Canada sélectionnées étaient favorables*

Échéance Date de l’adjudication Rendement moyen (%) Ratio de couverture Écart d’adjudication
(points de base)
2 ans 9 mars 2011 1,867 2,690 0,10
3 ans 23 mars 2011 2,022 2,552 0,33
5 ans 2 mars 2011 2,700 2,315 0,37
10 ans 2 février 2011 3,482 2,276 0,66
30 ans 17 novembre 2011 3,638 2,859 0,25

*Un rendement faible, un ratio d’adjudication élevé et un faible écart d’adjudication suscitent des conditions favorables.

Source : Banque du Canada

3.35 Durant la période visée par l’examen, les gestionnaires de la dette utilisaient des mesures comme la part de la dette à taux fixe, soit le ratio de la dette à taux fixe par rapport à la dette totale. Ces mesures ne rendaient pas pleinement compte de la façon dont la stratégie de gestion de la dette permettait d’atteindre l’objectif visé, à savoir obtenir du financement stable à faible coût en établissant un juste équilibre entre les coûts et les risques associés à la structure de la dette. Par conséquent, la haute direction n’obtenait pas les rapports nécessaires pour suivre la performance de la stratégie de gestion de la dette. Sans cette information, les gestionnaires de la dette et la haute direction ne pouvaient pas savoir si la stratégie permettait d’atteindre avec succès l’objectif de financement stable à faible coût.

3.36 Après la période visée par l’examen, le ministère des Finances Canada a commencé à surveiller la structure réelle de la dette par rapport à celle qui est souhaitée selon la frontière d’efficience (voir le graphique qui illustre la relation entre les coûts et les risques) et à rendre compte des résultats à la haute direction. Grâce à cette information, la direction sera en mesure d’évaluer comment la structure actuelle de la dette cadre avec la stratégie planifiée de gestion de la dette à moyen terme et pourra adapter cette stratégie s’il y a lieu. Bien que l’objectif de financement stable à faible coût soit dorénavant mieux surveillé, le ministère des Finances Canada doit encore démontrer que la structure de la dette permet d’atteindre les résultats attendus. En effet, le Ministère vient de commencer à surveiller l’évolution de la stratégie de gestion de la dette en fonction de la structure de la dette privilégiée et peu de données à cet égard sont disponibles. Nous incitons le Ministère à poursuivre les efforts qu’il déploie en vue d’évaluer l’atteinte d’un objectif important, soit celui d’obtenir un financement stable à faible coût, et de présenter à la haute direction des rapports sur les résultats.

Gestion des risques potentiels

3.37 Les événements imprévus peuvent avoir d’importantes répercussions financières sur le gouvernement, comme la hausse des frais d’intérêt, des difficultés de refinancement et l’accroissement des besoins de trésorerie. Voilà pourquoi les gestionnaires de la dette doivent gérer efficacement les risques potentiels. Selon les pratiques exemplaires internationales en matière de dette publique, telles que celles du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques, il est recommandé de mener des activités de gestion des risques. Ces activités consistent notamment à définir et à évaluer les risques, à mesurer et à surveiller l’incidence des risques, à atténuer et à contrôler les risques, et enfin à présenter régulièrement des rapports à cet égard.

3.38 Nous avons examiné si le ministère des Finances Canada disposait d’un cadre de gestion des risques rigoureux en vue de définir, de mesurer et de surveiller les risques potentiels qui pourraient avoir une incidence sur la stratégie de gestion de la dette, et d’en rendre compte. Nous avons examiné comment les risques potentiels étaient définis et présentés à la haute direction et comment la stratégie était mise à jour dans le but d’atténuer ces risques, tels que les changements soudains des besoins financiers ou de la conjoncture des marchés. Pour ce faire, nous avons revu les documents qui étaient présentés à la haute direction et avons interviewé des fonctionnaires du Ministère ainsi que des intervenants choisis.

Un cadre rigoureux de gestion des risques est en place

3.39 Comme nous l’avons souligné dans le présent chapitre, le modèle de gestion de la dette tient compte de l’effet des risques liés au taux d’intérêt, des risques de refinancement et de la volatilité budgétaire au moment de calculer les résultats. Les gestionnaires de la dette considèrent ces risques au moment de déterminer la stratégie de gestion de la dette la plus souhaitable.

3.40 Nous avons constaté que les stratégies de gestion de la dette comprenaient aussi des analyses des risques et des plans d’urgence, et que les gestionnaires envisageaient des scénarios pessimistes et optimistes. Par exemple, nous avons constaté que l’émission de bons du Trésor pouvait être modifiée rapidement si le gouvernement avait besoin d’emprunter plus de fonds que ce qui avait été prévu dans la stratégie de gestion de la dette. Au pire de la tourmente financière au cours de l’exercice 2008-2009, le Ministère a eu largement recours aux bons du Trésor pour financer de nouveaux programmes et les besoins financiers croissants du gouvernement. Au cours du même exercice, l’emprunt sous forme de bons du Trésor a augmenté de 75,5 milliards de dollars pour atteindre 192,5 milliards de dollars. L’emprunt sous forme d’adjudications d’obligations peut également être adapté aux circonstances, mais des consultations avec les participants aux marchés peuvent être nécessaires.

3.41 Nous avons constaté que le cadre de gestion des risques du Ministère permettait aux gestionnaires de la dette d’évaluer, de surveiller et d’atténuer les risques ainsi que d’en rendre compte. La haute direction cherche à savoir comment financer les besoins financiers en fonction de différents scénarios de croissance économique. Nous avons également constaté que le Ministère faisait des projections des besoins financiers pour les 10 années à venir et envisageait différentes stratégies de gestion de la dette.

3.42 Bon nombre d’événements peuvent influer sur les besoins financiers prévus. En 2008-2009 et en 2009-2010, pendant la crise financière et en raison des changements rapides des besoins financiers, le Ministère a revu sa stratégie de gestion de la dette au cours de l’exercice. Le rétablissement de l’obligation à 3 ans en 2009 est un autre exemple de la façon dont les gestionnaires de la dette ont adapté la stratégie pour financer des besoins financiers croissants. En 2010-2011, les représentants du Ministère ont fait une mise à jour en milieu d’exercice au ministre dans le cadre du processus de consultation des participants aux marchés de l’automne. Les mises à jour en milieu d’exercice sur la stratégie de gestion de la dette sont fournies au ministre des Finances et permettent d’expliquer pourquoi une nouvelle stratégie est requise, si tel est le cas.

3.43 Le gouvernement du Canada détient des actifs financiers liquides, comme des dépôts en espèces, pour maintenir sa capacité de respecter ses obligations de paiements lorsque l’accès normal aux marchés financiers est perturbé ou retardé. Les niveaux globaux de liquidités du gouvernement sont censés couvrir au moins un mois de flux de trésorerie nets projetés, y compris les intérêts à verser et les besoins en refinancement de la dette. Selon la Stratégie de gestion de la dette 2011-2012, pour atteindre ces niveaux, les actifs en espèces et les actifs financiers en devises étrangères du gouvernement devront augmenter de 35 milliards de dollars d’ici 2013-2014. Ce niveau accru de liquidités améliorera la capacité du gouvernement de respecter ses obligations de paiements dans l’éventualité où l’accès normal aux marchés financiers serait perturbé ou retardé. Il favorisera également la confiance des investisseurs à l’égard de la dette du gouvernement canadien.

Les risques potentiels sont surveillés

3.44 Pour que la haute direction soit en mesure de discuter des risques, le gouvernement a formé des comités régis par un cadre de gouvernance de la gestion de la trésorerie (voir la pièce 3.7). Le Comité de gestion du risque, qui conseille le Comité de gestion des fonds, examine l’évolution du marché et des activités et exprime des avis sur les incidences qu’elle a sur les risques. Il présente également des avis sur les recommandations stratégiques formulées. Le Comité de gestion du risque se réunit tous les trois mois. Il est composé de hauts fonctionnaires du Ministère et de la Banque du Canada, ainsi que d’un membre de l’extérieur. Le membre de l’extérieur a été nommé au Comité en avril 2010 pour un mandat de deux ans. Cette nomination a pour but de veiller à ce que le Comité demeure au courant des dernières pratiques exemplaires en matière de gestion des risques ainsi que d’assurer une meilleure surveillance des activités du Comité. Comme le Ministère et la Banque du Canada ont des responsabilités différentes, il arrive souvent que les représentants de ces deux organisations ont des opinions différentes sur des questions concernant la dette. Ces perspectives différentes peuvent être avantageuses pour la gestion des risques. En effet, avant que le Comité de gestion des fonds ne soumette une stratégie de gestion de la dette à l’approbation du ministre, le personnel de la Banque du Canada et les fonctionnaires du Ministère en débattent à fond et en examinent tous les aspects.

Pièce 3.7 — Le cadre de gouvernance assure la gestion des risques

3.45 Le Bureau de surveillance des risques financiers conseille le Comité de gestion du risque sur les questions de risque liées aux propositions et aux recommandations stratégiques et il analyse l’exposition aux risques financiers et opérationnels. Le Bureau est composé d’employés de la Banque du Canada et ses activités sont indépendantes des opérations de gestion de fonds de la Banque.

3.46 Le Comité de gestion des fonds est composé de hauts dirigeants du Ministère et de la Banque du Canada. Ce comité décisionnel a pour mandat de conseiller le ministre sur la politique et la stratégie de gestion des fonds et des risques, de diriger la mise en œuvre de la stratégie et des plans approuvés ainsi que d’examiner les rapports sur le rendement. Nous avons constaté que, dans le cadre de sa recommandation annuelle concernant la stratégie de gestion de la dette, qui est soumise à l’approbation du Comité de gestion des fonds et du ministre, le Ministère définissait et analysait des risques sélectionnés qui ont des répercussions sur le plan des emprunts sur le marché canadien.

3.47 Certaines discussions du Comité de gestion du risque ont trait à des questions propres au marché intérieur, comme l’établissement de modèles de stratégies de gestion de la dette, les titres sur le marché de détail et les emprunts des sociétés d’État. Nous avons toutefois constaté que les discussions du Comité portaient essentiellement sur les risques liés à la liquidité, aux emprunts en devises et aux actifs financiers étrangers, y compris les questions de dette souveraine. Les discussions portaient aussi sur de nouvelles questions pressantes. Au moment où nous terminions le présent audit, le Ministère a fourni certains résultats de la modélisation montrant que les gestionnaires de la dette tenaient compte de la viabilité budgétaire à long terme. Nous incitons le Ministère à poursuivre ses efforts en vue d’analyser la façon dont les questions de viabilité budgétaire pourraient influer sur les stratégies de gestion de la dette dans l’avenir.

Le Ministère a une stratégie sommaire pour favoriser l’établissement de relations avec de nouveaux investisseurs

3.48 Les récents événements survenus à l’étranger ont montré que la perte de confiance et l’affaiblissement de la position financière avaient une incidence considérable sur les emprunteurs. En période de crise, par exemple lors d’un ralentissement économique marqué ou d’une catastrophe naturelle, le fait d’avoir une clientèle diversifiée d’investisseurs permet aux gestionnaires de la dette d’écouler les titres gouvernementaux plus facilement et de réduire les risques de refinancement. Dans ce contexte, la promotion d’une concurrence accrue entre les participants aux marchés pourrait se traduire par une diffusion plus vaste des titres gouvernementaux. Cela réduirait également les coûts de financement pour le gouvernement. Par conséquent, il est essentiel de favoriser l’établissement et le maintien de relations avec les participants aux marchés pour gérer les risques auxquels est exposée la dette sur le marché canadien.

3.49 Étant donné l’importance de la communication entre les gestionnaires de la dette et les investisseurs, certaines organisations internationales ont élaboré des lignes directrices à cet égard. L’Institute of International Finance mentionne certaines pratiques exemplaires en matière de communication avec les investisseurs, dont les suivantes :

  • Il devrait être possible d’identifier et de joindre le personnel responsable des relations avec les investisseurs au moyen du site Web du gouvernement.
  • Le site Web devrait contenir des archives des documents ayant servi au cours d’exposés et de conférences téléphoniques à l’intention des participants aux marchés.
  • Les données macroéconomiques devraient être présentées dans un format convivial.
  • Les participants aux marchés devraient être en mesure de s’abonner au site Web du gouvernement.

L’Office ontarien de financement met en œuvre les pratiques indiquées ci-dessus. Le Brésil et la France figurent parmi les émetteurs souverains de titres qui présentent des exposés promotionnels à des investisseurs internationaux et qui affichent des données macroéconomiques sur leur site Web. L’Australie fait une promotion active de ses titres gouvernementaux en présentant, à l’étranger, des exposés destinés aux investisseurs potentiels.

3.50 Nous avons constaté que le ministère des Finances Canada et la Banque du Canada utilisaient une combinaison de démarches de communication pour consulter les participants aux marchés sur des questions touchant la stratégie de gestion de la dette (visites bilatérales, discussions multilatérales, processus de consultation annuel, etc.). Nous avons toutefois constaté que le gouvernement du Canada ne fournissait qu’une information limitée aux éventuels participants aux marchés. Les renseignements économiques et financiers, de même que l’information sur les emprunts publics, se trouvent dans divers documents et sites Web. Par ailleurs, aucun exposé n’est affiché en ligne pour promouvoir activement les titres du gouvernement du Canada auprès d’investisseurs potentiels. Nous estimons que les efforts limités qui sont déployés en vue de joindre et d’informer les investisseurs n’aident pas le Canada à bâtir, à diversifier et à accroître sa clientèle d’investisseurs. Si une soudaine hausse des besoins financiers devait être financée à l’étranger, le Canada serait peut-être mal placé pour obtenir ce financement.

3.51 Recommandation — Le ministère des Finances Canada devrait fournir une meilleure information financière aux participants aux marchés et développer ses outils de communication et de commercialisation ainsi que ses activités promotionnelles, dans le but de joindre une plus vaste clientèle d’investisseurs.

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Le site Web du ministère des Finances Canada renferme un vaste éventail de documents sur les programmes d’emprunt et la stratégie d’endettement du Canada, ainsi que sur sa performance économique et financière. Le site Web de la Banque du Canada renferme quant à lui des détails sur les adjudications de titres d’emprunt du gouvernement du Canada. Cela dit, le Ministère et la Banque prévoient élargir l’éventail de renseignements sur les finances, l’économie et les emprunts qui sont offerts sur leur site Web, établir de meilleurs liens entre les deux sites, et améliorer l’organisation de cette information afin de la rendre plus facilement accessible. Le Ministère reconnaît l’importance de maintenir et de renforcer la réputation déjà solide du Canada sur les marchés financiers mondiaux, et il adoptera des mesures visant à s’engager davantage auprès des investisseurs du pays et de l’étranger à mesure que se présenteront des occasions.

Pour ce qui est de l’élargissement des activités de promotion, le Ministère signale que la base d’investisseurs de titres du gouvernement du Canada s’est accrue dans les dernières années, que les adjudications de titres d’emprunt ont été bien couvertes, et que les émissions d’obligations multimarchés du Canada en devises étrangères sont en très forte demande auprès des investisseurs sur la scène internationale. Le gouvernement n’optimiserait pas les fonds publics en consacrant des ressources nettement supérieures aux relations avec les investisseurs et aux activités de promotion connexes.

Présentation de l’information sur la dette portant intérêt

3.52 La présentation d’information claire et complète sur la dette portant intérêt permet une meilleure reddition de comptes. L’information à présenter comprend la comparaison de la stratégie planifiée de gestion de la dette avec les résultats obtenus ainsi que des renseignements sur l’incidence budgétaire des obligations financières du gouvernement. Les documents budgétaires et les rapports financiers devraient couvrir toutes les activités du gouvernement, qu’elles soient budgétaires (comme les paiements de transfert, les dépenses de fonctionnement et les frais d’intérêt sur la dette publique) ou non budgétaires (comme les prêts et les investissements). Le Fonds monétaire international et l’Organisation de coopération et de développement économiques ont recommandé que l’information financière soit présentée d’une manière qui facilite l’analyse stratégique et qui favorise la reddition de comptes.

3.53 Nous avons examiné si le gouvernement du Canada avait présenté de l’information claire et complète concernant la dette contractée sur les marchés et les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public. Nous avons étudié les documents publics qui présentaient de l’information sur la dette portant intérêt, y compris les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public, ainsi que les documents de breffage et les procès-verbaux des réunions du comité de la haute direction. Nous avons interviewé des fonctionnaires du ministère des Finances Canada, du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et du Bureau de l’actuaire en chef. Enfin, nous avons examiné comment quatre pays à qui les agences de notation avaient accordé une note très élevée (le Danemark, la Finlande, la France et le Royaume-Uni) présentaient l’information sur leur dette portant intérêt.

L’information concernant la dette contractée sur les marchés est présentée clairement, mais il y a des possibilités d’amélioration

3.54 Les parlementaires et les Canadiens peuvent lire la Stratégie de gestion de la dette, un rapport joint en annexe au Budget au début de chaque année, et le Rapport sur la gestion de la dette, publié tard à l’automne, pour mieux comprendre les questions touchant la dette contractée sur les marchés. Ces rapports contiennent de l’information sur la gestion de la dette contractée sur les marchés, dont les objectifs du gouvernement, les activités d’emprunt prévues et la stratégie de gestion de la dette à moyen terme. Ils comprennent aussi plusieurs indicateurs, comme la quantité d’obligations libellées en dollars canadiens et de bons du Trésor que le gouvernement a émis, la valeur en dollars des émissions selon le titre (par exemple les obligations à 2, à 3 ou à 5 ans), la composition de la dette contractée sur les marchés, la part de la dette à refinancer et l’échéance moyenne.

3.55 Comparativement à d’autres gouvernements (comme ceux du Danemark et du Royaume-Uni), le gouvernement du Canada fournit très peu de détails, notamment sous forme d’analyses, pour expliquer le choix de la stratégie de gestion de la dette. Par exemple, le ministère des Finances Canada ne publie pas les résultats du modèle de gestion de la dette ni d’information qui permettrait de comprendre les choix de financement ou les raisons pour lesquelles une stratégie en particulier a été retenue. Cette information aiderait les parlementaires et les Canadiens à mieux comprendre la stratégie de gestion de la dette du gouvernement. Elle pourrait notamment expliquer pourquoi le gouvernement estime que l’emprunt à court terme (tel que le recours aux bons du Trésor), bien qu’il soit moins coûteux, n’est pas souhaitable en raison de l’incidence qu’il a sur le risque de refinancement. Elle permettrait aussi de comprendre pourquoi les emprunts à 30 ans à des taux d’intérêt relativement bas, dans le but d’assurer la stabilité des frais d’intérêt à long terme, sont trop coûteux.

3.56 Comme il a déjà été expliqué, bien que de l’information soit présentée à la haute direction sur la performance de la stratégie relativement à l’objectif de bon fonctionnement du marché, le Ministère a récemment élaboré de nouvelles mesures pour surveiller les résultats au regard de l’objectif de financement stable à faible coût, et il en fait rapport aux gestionnaires de haut niveau. Nous croyons que le Ministère doit mieux communiquer les résultats du programme de gestion de la dette dans les rapports qu’il publie. Nous avons constaté que le Ministère examinait comment améliorer l’information qu’il publie et se penchait sur la façon dont la stratégie de gestion de la dette était présentée et étayée dans ses rapports. Le Ministère a aussi affirmé qu’il adapterait ses pratiques de présentation de rapports sur la dette, le cas échéant, pour faire preuve d’une transparence accrue.

3.57 Recommandation — Le ministère des Finances Canada devrait améliorer les rapports qu’il présente à propos de la dette contractée sur les marchés en y intégrant l’analyse qui appuie le choix de sa stratégie de gestion de la dette ainsi que de l’information sur les résultats d’ensemble atteints par rapport aux résultats prévus. Ces améliorations contribueront à mieux informer les parlementaires, les Canadiens et les investisseurs des résultats réels de la stratégie de gestion de la dette.

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Dans la mesure du possible, le ministère des Finances Canada visera à améliorer le contenu en information de ses rapports.

Nous tenons toutefois à signaler que comparativement à ses pairs, le Canada est déjà parmi les plus transparents pour ce qui est des rapports sur la gestion de la dette. La Stratégie de gestion de la dette et le Rapport sur la gestion de la dette figurent parmi les rapports les plus transparents des pays du G20 pour ce qui est de décrire la stratégie de la dette publique et de fournir des résultats sur le rendement. De nouveaux indicateurs ont été ajoutés aux récents rapports. Le Ministère publie aussi des évaluations externes des activités et des programmes de gestion de la dette exécutés dans le cadre du programme d’évaluation de la trésorerie. En outre, un certain nombre de documents sur le modèle stochastique servant à analyser la stratégie de la dette du gouvernement canadien figurent sur le site Web de la Banque du Canada.

L’information sur la dette hors marché doit être clarifiée

3.58 Les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public, une des composantes de la dette brute du gouvernement, totalisaient 146 milliards de dollars au 31 mars 2011. Autrement dit, environ 18 % de la dette portant intérêt, qui s’élevait à 802 milliards de dollars, se rapportait aux régimes de retraite du secteur public. En 2010-2011, des 30,9 milliards de dollars de frais d’intérêt, environ 9,7 milliards de dollars représentaient les frais d’intérêts associés aux régimes de retraite du secteur public (voir la pièce 3.1). Il est important de suivre l’évolution de ces obligations et frais d’intérêts et de rendre compte des répercussions que pourraient avoir ces composantes de la dette sur la situation budgétaire du gouvernement.

3.59 Communication de l’information sur les régimes de retraite des employés du secteur public — Le gouvernement offre des régimes de retraite à prestations déterminées à ses employés, notamment les employés de la fonction publique, les membres des Forces canadiennes (y compris la Force de réserve) et les membres de la Gendarmerie royale du Canada. Le gouvernement est tenu par la loi de verser des prestations au titre de ces régimes de retraite. Parmi les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Canada fait figure de chef de file pour ce qui est de consigner les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public dans les états financiers. Très peu de pays font mention de ces obligations dans leurs états financiers. La plupart des pays de l’Europe n’en font pas état. Pour assurer la comparabilité entre les pays, l’OCDE exclut ces obligations des composantes de la dette au sujet desquelles les gouvernements doivent faire rapport dans le cadre de leurs statistiques financières.

3.60 Présentation des frais d’intérêt dans le Budget des dépenses — Les parlementaires consultent plusieurs sources d’information dans le cadre de leur examen des activités du gouvernement. Pour connaître les dépenses projetées de celui-ci, les parlementaires recourent essentiellement au Budget des dépenses, car ils ont comme mandat fondamental d’examiner de près les dépenses prévues et de se prononcer sur celles qui requièrent leur approbation. Chaque année, le gouvernement prépare le Budget des dépenses qui accompagnera sa demande d’autorisation de dépenser les fonds publics soumise au Parlement. Ce Budget des dépenses est présenté à la Chambre des communes et comprend des renseignements sur les dépenses votées et sur les dépenses législatives. Les dépenses votées représentent les montants figurant dans le projet de loi de crédits que le Parlement doit autoriser. Les dépenses législatives désignent les montants qui ont déjà été approuvés par le Parlement par le truchement d’autres lois. Ces dépenses figurent dans le Budget des dépenses uniquement à titre d’information. Selon le Budget principal des dépenses de 2011-2012, les dépenses législatives au titre des « frais d’intérêt et autres coûts » pourraient s’élever à 30,2 milliards de dollars.

3.61 Les « frais d’intérêt et autres coûts » englobent les intérêts payés sur la dette contractée sur les marchés et les intérêts liés aux comptes de pension de retraite (voir l’annexe A). Le fait de combiner ces deux types de frais d’intérêt dans le Budget des dépenses masque le fait que le tiers des frais d’intérêt projetés n’est pas associé à des paiements en espèces. On ne peut pas facilement établir une distinction entre les fluctuations des frais d’intérêt projetés attribuables aux variations des intérêts liés aux comptes de pension de retraite et les fluctuations des frais d’intérêt projetés liées à la dette contractée sur les marchés. Dans le Rapport du vérificateur général (automne 1991), chapitre 8, « La gestion de la dette et les pensions des employés », nous faisions observer que la description des frais d’intérêt était difficile à comprendre, car les frais d’intérêt relatifs aux comptes de pension étaient imputés au ministère des Finances Canada comme faisant partie de l’ensemble des frais d’intérêt sur la dette publique. Le Ministère avait répondu qu’il examinerait le bien-fondé d’une présentation plus détaillée. Il n’y a pas que les « frais d’intérêt et autres coûts » pour lesquels la prévision des dépenses combine les paiements en espèces et les transactions qui ne font pas intervenir de liquidités. Cette pratique est fréquente dans le Budget des dépenses. Une telle présentation n’est pas claire et peut semer la confusion au Parlement et dans la population au sujet des éléments qui sont compris dans le Budget des dépenses.

3.62 Recommandation — Étant donné la somme importante que représentent les frais associés aux comptes de pension de retraite, et dans un souci de transparence accrue, le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et le ministère des Finances Canada devraient clarifier l’information sur les frais d’intérêt en établissant une distinction, dans le Budget des dépenses, entre les frais d’intérêt projetés sur la dette contractée sur les marchés et les autres frais d’intérêt.

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Le ministère des Finances Canada travaillera en collaboration avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada afin de présenter une ventilation des frais d’intérêt et des autres coûts dans les prévisions budgétaires.

Réponse du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada — Recommandation acceptée. À compter du Budget des dépenses de 2012-2013, le ministère des Finances Canada fournira une ventilation des frais d’intérêts et des autres coûts qui sera publiée par le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

3.63 Information sur les placements des caisses de retraite du secteur public — Des changements dans les conditions du marché pourraient faire fluctuer le niveau de l’actif des régimes de retraite du secteur public, des obligations nettes liées à ces régimes et des frais d’intérêt connexes. Nous avons constaté que, sauf pour ce qui est du rapport annuel, le Ministère n’avait pas accès en temps opportun aux données trimestrielles sur le rendement réel des placements des caisses de retraite du secteur public, données qui sont nécessaires pour lui permettre d’évaluer les répercussions que pourraient avoir des fluctuations imprévues sur l’excédent ou le déficit budgétaire.

3.64 Les frais d’intérêt crédités aux comptes de pension de retraite (cotisations antérieures à 2000) sont calculés au moyen d’une formule qui fixe le taux d’intérêt. Les frais d’intérêt associés aux prestations accumulées (à la fois pour les obligations liées aux régimes de retraite antérieures à 2000 et pour les obligations postérieures à 2000) sont déterminés d’après les résultats des évaluations actuarielles effectuées à des fins comptables et d’après les principes comptables généralement reconnus pour le calcul des avantages futurs des employés. Les méthodes utilisées pour calculer ces frais d’intérêt permettent de neutraliser les variations d’une année à l’autre, ce qui limite les effets potentiels de ces variations sur les frais d’intérêt annuels pour les exercices où les conditions du marché changent. Les frais d’intérêt associés à ces obligations sont déduits du rendement des actifs gérés par l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (Investissements PSP) (voir l’annexe A). Même si le rendement des actifs est également lissé, puisque la taille de l’actif des caisses de retraite du secteur public augmente au fil du temps, des variations importantes dans le rendement des placements pourraient avoir un effet cumulatif considérable sur l’excédent ou le déficit budgétaire. Selon le Rapport annuel 2011 d’Investissements PSP, l’actif net consolidé atteindra probablement quelque 300 milliards de dollars d’ici 2030.

3.65 Durant la période examinée, la croissance des actifs confiés à Investissements PSP et les fluctuations du rendement de l’ensemble des actifs ont donné lieu à des variations annuelles des frais d’intérêt sur la dette publique allant de 300 millions de dollars à 700 millions de dollars. De telles variations doivent être surveillées activement, en particulier parce que la taille des actifs sous gestion augmente et que les marchés importants sont très instables. Si les variations ne sont pas suivies de près, la capacité du gouvernement de prévoir l’excédent ou le déficit budgétaire et d’atteindre son objectif pourrait être compromise.

3.66 Le Ministère ne reçoit pas de mise à jour trimestrielle sur le rendement d’Investissements PSP, comme le prévoit la Loi sur l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public. À l’avenir, au fur et à mesure que la taille de l’actif augmente, cette information financière sera utile au Ministère pour prévoir les répercussions que les variations du rendement de l’actif des caisses de retraite pourraient avoir sur la situation budgétaire future du gouvernement (déficit ou excédent).

3.67 Recommandation — Le ministère des Finances Canada devrait chercher à obtenir des données provisoires sur le rendement réel des placements des caisses de retraite du secteur public afin de pouvoir évaluer de manière adéquate les effets sur l’excédent ou le déficit budgétaire, car plus l’actif sera important, plus les répercussions potentielles sur les frais d’intérêt s’accentueront.

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Le ministère des Finances Canada collaborera avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada de manière à établir un processus de partage des renseignements financiers provisoires concernant les investissements des caisses de retraite du secteur public.

Le Ministère tient toutefois à signaler qu’il a déjà accès à une information suffisante pour évaluer comme il se doit l’impact des rendements des investissements sur le solde budgétaire. La valeur ajoutée de ces données financières provisoires est donc considérée comme étant minimale.

3.68 Information sur les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public — La comptabilité concernant les régimes de retraite et l’évaluation actuarielle des obligations liées à ces régimes sont des questions complexes que les gens peuvent avoir de la difficulté à comprendre. L’information fournie par la direction doit donc être claire. Nous avons constaté que les Canadiens n’avaient pas accès à des renseignements clairs pour les aider à comprendre les obligations liées aux régimes de retraite et à saisir comment ces obligations et les frais d’intérêt connexes sont calculés. Nous avons également constaté que la présentation des rapports du gouvernement sur ces questions pouvait être améliorée. En effet, les renseignements pourraient être présentés sous une forme plus facile à comprendre.

3.69 La surveillance des obligations liées aux régimes de retraite du secteur public et la production de rapports sur ces obligations ne sont pas la responsabilité d’un seul et unique organisme. Pour rassembler les renseignements sur l’actif des caisses de retraite du secteur public, les obligations liées à ces régimes et les frais d’intérêt connexes, il faut consulter neuf rapports distincts qui contiennent une information complexe et fragmentée :

  • les Comptes publics du Canada;
  • le rapport annuel d’Investissements PSP;
  • le Rapport sur le régime de retraite de la fonction publique;
  • le Rapport actuariel sur le régime de retraite de la fonction publique du Canada;
  • le Rapport annuel sur le régime de retraite des Forces canadiennes;
  • le Rapport actuariel sur le régime de retraite des Forces canadiennes – Force régulière;
  • le Rapport actuariel sur le régime de retraite des Forces canadiennes – Force de réserve;
  • le Rapport annuel sur le régime de retraite de la Gendarmerie royale du Canada;
  • le Rapport actuariel sur le régime de retraite de la Gendarmerie royale du Canada.

Chacun de ces rapports vise des objectifs et des destinataires qui lui sont propres. Le volume I des Comptes publics du Canada comprend des notes afférentes aux états financiers du gouvernement du Canada (section 2) et une section sur la dette portant intérêt (section 6). Les rapports annuels sur les régimes de retraite fournissent des détails sur les opérations de chacun des régimes pour le plus récent exercice. Les rapports actuariels, publiés tous les trois ans pour chacun des régimes, font état de la situation des différentes composantes des régimes de retraite pour aider le ministre responsable à prendre des décisions éclairées à l’égard du financement des obligations du gouvernement liées aux régimes de retraite. Le rapport annuel d’Investissements PSP donne, entre autres, des renseignements sur le rendement des actifs des caisses de retraite qui sont sous sa gestion.

3.70 Au Canada, le gouvernement n’a pas regroupé toute l’information sur les régimes de retraite du secteur public dans un document facile à lire qui précise comment ces obligations influent sur la dette portant intérêt. S’il est vrai que ces renseignements sont donnés en partie dans les Comptes publics du Canada et dans d’autres documents, les parlementaires et le public n’ont pas accès à ces données sous une forme facile à lire qui les aiderait à comprendre l’incidence de ces obligations sur la situation budgétaire globale du gouvernement.

3.71 À notre avis, il serait possible d’améliorer la présentation de l’information sur les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public. La méthode, les hypothèses et les taux d’actualisation utilisés pour évaluer les obligations, de même que les frais d’intérêt liés aux régimes de retraite du secteur public, pourraient être décrits de manière exhaustive. On pourrait aussi faire état des répercussions projetées de ces obligations sur la situation budgétaire. De cette façon, les parlementaires et les Canadiens seraient mieux en mesure de comprendre les répercussions financières des obligations liées aux régimes de retraite du secteur public.

3.72 Recommandation — Le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et le ministère des Finances Canada devraient présenter, sous forme regroupée, une information claire et compréhensible sur les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public (y compris la méthode et les hypothèses sous-jacentes), et ils devraient expliquer l’incidence de ces obligations sur les finances publiques.

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Les Comptes publics du Canada visent à fournir des renseignements clairs et compréhensibles sur le passif des caisses de retraite du secteur public et au sujet de leur incidence sur les résultats financiers de l’État. Le ministère des Finances Canada collaborera avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada afin de trouver des façons d’améliorer la présentation des renseignements sur les caisses de retraite du secteur public dans les Comptes publics.

Réponse du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada — Recommandation acceptée. Les Comptes publics du Canada ont pour objet de fournir des données récapitulatives claires et compréhensibles à propos des responsabilités du gouvernement à l’égard des régimes de retraite du secteur public et à propos de leurs répercussions sur les résultats financiers du gouvernement. À partir de 2013, le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada recherchera, en collaboration avec le ministère des Finances Canada, des moyens d’améliorer la présentation des renseignements sur les régimes de retraite du secteur public dans les Comptes publics.

Conclusion

3.73 La dette publique et les frais d’intérêt qui s’y rattachent accaparent une quantité importante de ressources financières. Ils ont des répercussions sur la situation budgétaire du gouvernement, limitent les possibilités quant aux orientations stratégiques et ont une influence sur ce que nous pouvons nous permettre en tant que nation. C’est pourquoi il est nécessaire de gérer la dette portant intérêt et d’en rendre compte de manière adéquate. Une information claire permet de mieux orienter les débats d’orientation, par exemple les débats sur la façon de préserver la viabilité des finances publiques.

3.74 Nous avons constaté que le ministère des Finances Canada avait mis en place un processus de prise de décisions rigoureux pour élaborer des stratégies efficaces de gestion de la dette contractée sur les marchés et les favoriser. Le Ministère a adopté un modèle de gestion de la dette qui permet de prévoir les déficits ou les excédents budgétaires ainsi que les frais d’intérêt connexes et les risques qui se posent pour la situation budgétaire. Grâce à ce modèle, les gestionnaires de la dette peuvent mettre au point des stratégies de gestion en ayant une perspective plus large de la planification budgétaire. Le modèle et les analyses quantitatives sous-jacentes constituent des progrès importants. Ils aident les gestionnaires de la dette à définir des ensembles de structures de la dette souhaitables. Par ailleurs, le Ministère exerce son jugement et consulte les participants aux marchés pour appuyer le choix de la stratégie de gestion de la dette.

3.75 Nous avons constaté que la performance générale de la stratégie de gestion de la dette devait être surveillée de plus près et qu’il fallait mieux en rendre compte afin d’orienter les décisions de gestion. Le Ministère a recours à des indicateurs pour évaluer la performance de sa stratégie de gestion de la dette par rapport à l’objectif du gouvernement, qui est d’assurer le bon fonctionnement du marché des titres du gouvernement du Canada. La stratégie permet bien d’atteindre cet objectif. Maintenant que le Ministère utilise des indicateurs plus adéquats, il peut mieux évaluer la performance de sa stratégie par rapport au deuxième objectif, soit celui d’obtenir un financement stable à faible coût pour le gouvernement en trouvant un juste équilibre entre les coûts et les risques associés à la structure de la dette. Le Ministère n’a pas encore démontré que la stratégie permet bel et bien d’atteindre cet objectif.

3.76 Le ministère des Finances Canada publie des données claires sur la dette contractée sur les marchés. Toutefois, il devrait publier plus de renseignements. Par exemple, il pourrait expliquer les raisons qui ont motivé le choix de la stratégie de gestion de la dette ou justifier la performance d’ensemble du programme.

3.77 Nous avons constaté que le Ministère disposait d’un cadre rigoureux pour la gestion des risques qui lui permet de mesurer et de surveiller les risques et les changements de besoins financiers, qui pourraient avoir des répercussions sur la stratégie de gestion de la dette. Les processus mis en place par le Ministère pour actualiser et adapter la stratégie sont adéquats. Toutefois, le Ministère doit élargir sa gamme d’outils de commercialisation et d’activités de promotion afin d’attirer une clientèle d’investisseurs plus vaste.

3.78 Par rapport aux autres pays, le Canada fait figure de chef de file en ce qui concerne la présentation des données sur les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public dans ses états financiers. Cependant, les renseignements auxquels ont accès les parlementaires et les Canadiens au sujet des régimes de retraite du secteur public ne sont pas faciles à comprendre et sont dispersés dans plusieurs documents. Comme le financement de la dette portant intérêt a une incidence sur la situation budgétaire du gouvernement (excédent ou déficit), une information claire et exhaustive sur cette dette devrait être présentée par le gouvernement. Si l’information était présentée de façon plus claire, les débats d’orientation et les décisions en matière de politiques seraient plus éclairés. Pour accroître la transparence, il faudrait améliorer la présentation des frais d’intérêt projetés dans le Budget des dépenses. Enfin, nous avons noté que le Ministère n’avait pas accès en temps opportun aux données provisoires sur le rendement des placements des caisses de retraite du secteur public, données qui lui permettraient d’évaluer les répercussions que pourraient avoir des fluctuations imprévues sur la situation budgétaire.

À propos de l’audit

Tous les travaux d’audit dont traite le présent chapitre ont été menés conformément aux normes pour les missions de certification établies par l’Institut Canadien des Comptables Agréés. Même si le Bureau du vérificateur général a adopté ces normes comme exigences minimales pour ses audits, il s’appuie également sur les normes et pratiques d’autres disciplines.

Objectif

L’audit avait pour objectif de déterminer si le ministère des Finances Canada et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, selon leurs responsabilités respectives, géraient de manière efficace la dette portant intérêt du gouvernement du Canada. L’audit visait les sous-objectifs suivants :

  • déterminer si le Ministère est doté d’un processus rigoureux de prise de décisions lui permettant d’élaborer des stratégies efficaces de gestion de la dette contractée sur les marchés et de les favoriser;
  • déterminer si le Ministère adapte la stratégie de gestion de la dette en fonction des risques potentiels et de l’évolution des besoins de financement;
  • déterminer si le Ministère évalue la performance de la stratégie de gestion de la dette en définissant des objectifs et en suivant de près les résultats et s’il tient compte de ces résultats pour soutenir les décisions à l’égard de la gestion de la dette;
  • déterminer si le Ministère et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada communiquent une information claire et compréhensible sur les répercussions des régimes de retraite du secteur public sur le budget.

Étendue et méthode

L’audit ciblait le ministère des Finances Canada et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada. Dans le cas du ministère des Finances Canada, nous nous sommes penchés sur la Division des marchés financiers et la Division de la politique fiscale. Au Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, nous avons consulté des fonctionnaires du Secteur des pensions et des avantages sociaux, du Secteur de la gestion des dépenses et du Bureau du contrôleur général du Canada. Nous avons également interviewé des représentants de la Banque du Canada et du Bureau de l’actuaire en chef.

L’audit portait principalement sur la méthode employée par le ministère des Finances Canada pour sélectionner les stratégies de gestion de la dette, pour en mesurer la performance, pour gérer les risques qui pourraient avoir des répercussions sur ces stratégies et pour communiquer l’information sur la dette publique. L’audit visait également à examiner les renseignements publiés par le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et le ministère des Finances Canada au sujet de la dette portant intérêt. Plus précisément, nous nous sommes penchés sur la manière dont les frais d’intérêt sont présentés dans le Budget des dépenses et sur la présentation de l’information concernant les obligations du gouvernement liées aux régimes de pension du secteur public et destinée à informer les parlementaires et les Canadiens.

Nous avons examiné divers documents, notamment des rapports, des procès-verbaux de réunions, des analyses, des rapports de recherche, de même que des rapports provenant d’autres pays, dont des documents d’orientation publiés par des organismes internationaux. Nous avons également passé en revue la documentation publiée sur la dette portant intérêt. De plus, nous avons consulté des gestionnaires de la dette de certains pays et des spécialistes de la question. Nous nous sommes penchés sur les activités menées par le ministère des Finances Canada entre le 1er avril 2007 et le 31 mars 2011 en rapport avec la gestion de la dette contractée sur les marchés. Nous n’avons pas remis en cause la pertinence de la stratégie de gestion de la dette ni des décisions de financement. Nous avons examiné les pratiques du ministère des Finances Canada et du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada au 31 mars 2011 en matière de communication de l’information sur la dette portant intérêt.

Critères

Pour déterminer si le ministère des Finances Canada est doté d’un processus rigoureux de prise de décisions lui permettant d’élaborer des stratégies efficaces de gestion de la dette contractée sur les marchés et de les favoriser, nous avons utilisé les critères suivants :
Critères Sources

Le ministère des Finances Canada effectue des analyses au moyen d’outils quantitatifs (y compris des modèles) et de données qualitatives en vue d’établir un équilibre entre les coûts et les risques et de préserver la liquidité et le bon fonctionnement du marché des titres du gouvernement du Canada.

  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Directives pour la gestion de la dette publique
  • Fonds monétaire international, Stockholm Principles
  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Developing a Medium-Term Debt Management Strategy (MTDS): The Analytical Tool User Guide

Le ministère des Finances Canada veille à évaluer la fiabilité des analyses quantitatives et soumet à un examen critique les résultats projetés dans les scénarios de financement.

  • Ministère des Finances Canada, Réponse du ministère des Finances Canada au Rapport sur la gestion du risque
  • Ministère des Finances Canada, Évaluation de la décision du gouvernement de viser une structure de la dette à taux fixe plus élevé : réponse du ministère
  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Developing a Medium-Term Debt Management Strategy (MTDS): The Analytical Tool User Guide
Pour déterminer si le ministère des Finances Canada adapte la stratégie de gestion de la dette en fonction des risques potentiels et de l’évolution des besoins de financement, nous avons utilisé les critères suivants :
Critères Sources

Le ministère des Finances Canada dispose d’un cadre rigoureux pour la gestion des risques qui lui permet de mesurer et de surveiller les risques ainsi que les changements dans les besoins financiers, qui pourraient avoir des répercussions sur la stratégie de gestion de la dette.

  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Directives pour la gestion de la dette publique
  • Fonds monétaire international, Stockholm Principles
  • Organisation de coopération et de développement économiques, Advances in Risk Management of Government Debt

Les processus mis en place par le ministère des Finances Canada pour actualiser et adapter la stratégie financière aux risques potentiels ou à l’évolution des besoins financiers sont adéquats.

  • Ministère des Finances Canada, Stratégie de gestion de la dette, 2011-2012
  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Directives pour la gestion de la dette publique
  • Fonds monétaire international, Stockholm Principles
  • Committee of Sponsoring Organizations of the Treadway Commission, Enterprise Risk Management – Integrated Framework
  • Institute of International Finance, Principles for Stable Capital Flows and Fair Debt Restructuring
Pour déterminer si le ministère des Finances Canada évalue la performance de la stratégie de gestion de la dette en définissant des objectifs et en suivant de près les résultats et s’il tient compte de ces résultats pour soutenir les décisions à l’égard de la gestion de la dette, nous avons utilisé les critères suivants :
Critères Sources

Le ministère des Finances Canada met en place des mécanismes et des cibles pour mesurer les résultats d’ensemble de la stratégie de gestion de la dette en comparant les indicateurs aux objectifs du programme.

  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Directives pour la gestion de la dette publique
  • Banque mondiale, Outils d’évaluation de la performance en matière de gestion de la dette (DeMPA)
  • Organisation de coopération et de développement économiques, Advances in Risk Management of Government Debt

Le ministère des Finances Canada tient compte des résultats passés pour mettre à jour sa stratégie de gestion de la dette.

  • Fonds monétaire international et Banque mondiale, Directives pour la gestion de la dette publique
  • Banque mondiale, Outils d’évaluation de la performance en matière de gestion de la dette (DeMPA)
  • Organisation de coopération et de développement économiques, Advances in Risk Management of Government Debt
Pour déterminer si le ministère des Finances Canada et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada communiquent une information claire et compréhensible sur les répercussions des régimes de retraite du secteur public sur le budget, nous avons utilisé le critère suivant :
Critère Sources

Le ministère des Finances Canada et le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada publient des données justes, exhaustives et claires sur les répercussions des régimes de retraite du secteur public sur le budget.

  • Institut Canadien des Comptables Agréés, Manuel de l’ICCA
  • Institut Canadien des Comptables Agréés, Manuel de comptabilité de l’ICCA pour le secteur public
  • Fonds monétaire international, Code de bonnes pratiques en matière de transparence des finances publiques
  • Fonds monétaire international, Manuel sur la transparence des finances publiques
  • Organisation de coopération et de développement économiques, Transparence budgétaire – les meilleures pratiques de l’OCDE

La direction a examiné les critères de l’audit et elle en a reconnu la validité.

Période visée par l’audit

L’audit couvrait la période allant du 1er avril 2007 au 31 mars 2011. Les travaux d’audit dont il est question dans le présent chapitre ont été pour l’essentiel terminés le 31 octobre 2011.

Équipe d’audit

Vérificatrice générale adjointe : Nancy Cheng
Directeur principal : Richard Domingue
Directeur : Philippe Le Goff

Johnathon Cziffra
Rose Pelletier

Pour obtenir de l’information, veuillez téléphoner à la Direction des communications : 613-995-3708 ou 1-888-761-5953 (sans frais).

Annexe A — Récents événements qui ont eu des répercussions sur la dette portant intérêt du Canada

Changements stratégiques touchant les régimes de retraite du secteur public — En 1999, le Parlement a promulgué la Loi sur l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public, qui modifiait la Loi sur la pension de la fonction publique, la Loi sur la pension de retraite des Forces canadiennes et la Loi sur la pension de retraite de la Gendarmerie royale du Canada, trois lois dites « lois sur les pensions de retraite ». Les modifications sont entrées en vigueur le 1er avril 2000 et une nouvelle caisse de retraite a été créée pour chacun des régimes afin d’y regrouper toutes les cotisations des employés et du gouvernement faites après cette date. Ainsi, les cotisations et les prestations au titre des années de service ouvrant droit à pension cumulées après le 31 mars 2000 sont consignées dans les comptes des caisses de retraite. Un office d’investissement, l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (Investissements PSP), a été créé pour gérer les actifs des caisses de retraite. Les opérations, par exemple les cotisations, les versements de prestations et les transferts, se rapportant aux années de service antérieures au 1er avril 2000 sont consignées dans les comptes de pension de retraite, auxquels on crédite les intérêts qui seraient appliqués si les montants enregistrés étaient placés dans un portefeuille d’obligations à long terme du gouvernement du Canada (20 ans ou plus) détenues jusqu’à l’échéance. Le taux d’intérêt moyen crédité aux comptes était de 6,7 % pour l’exercice 2009-2010. Essentiellement, les comptes de pension de retraite sont des livres comptables prescrits par la loi; il n’y a pas d’actifs détenus dans ces comptes.

Nouveau processus pour l’obtention de l’autorisation d’emprunter — Avant 2007, la Loi sur la gestion des finances publiques donnait au gouvernement le pouvoir permanent de refinancer sa dette contractée sur les marchés, mais des autorisations particulières devaient être accordées par le Parlement afin de contracter des emprunts additionnels excédant l’autorisation d’emprunt permanente de 4 milliards de dollars. Dans la Loi d’exécution du budget de 2007, le plafond de 4 milliards de dollars a été remplacé par une disposition selon laquelle le gouverneur en conseil peut autoriser le ministre des Finances à contracter des emprunts. Le plafond annuel des emprunts est désormais approuvé par le gouverneur en conseil. Le Parlement n’a plus à donner son approbation à l’égard des limites d’emprunt du gouvernement. Pour 2011-2012, la limite d’emprunt globale approuvée par le gouverneur en conseil est de 300 milliards de dollars.

Consolidation des emprunts de certaines sociétés d’État — En 2008, le gouvernement a consolidé les emprunts de trois sociétés d’État à vocation financière, soit la Banque de développement du Canada, la Société canadienne d’hypothèques et de logement et Financement agricole Canada, dans le programme de la dette fédérale. Comme la dette fédérale diminuait rapidement, le fait d’accroître l’émission de titres du gouvernement du Canada (conséquence des emprunts consolidés) se voulait un moyen de rendre le marché des obligations du gouvernement du Canada plus liquide. Cette approche visait également à réduire les coûts d’emprunt des trois sociétés d’État. Selon le ministère des Finances Canada, les emprunts consolidés de ces trois sociétés se sont accrus depuis, et ils représentent actuellement 34 milliards de dollars de la dette fédérale contractée sur les marchés. Les emprunts de ces sociétés d’État n’influent pas sur le déficit accumulé (dette fédérale), car l’augmentation des emprunts du gouvernement fédéral est compensée par des actifs sous forme de prêts aux sociétés d’État.

Tourmente financière et mesures de relance — Durant la deuxième moitié de l’exercice 2007-2008, les marchés financiers ont été secoués par le brusque déclin du marché immobilier aux États-Unis et par les préoccupations à l’égard de la solvabilité des institutions financières. En janvier 2009, le gouvernement fédéral a annoncé une série de mesures visant à stimuler l’économie. Le Plan d’action économique prévoyait l’injection de plus de 46 milliards de dollars sous la forme de nouvelles initiatives fédérales. Le Cadre de financement exceptionnel a été créé pour élargir l’offre de crédit et combler les lacunes sur les marchés du crédit de sorte que le resserrement du crédit n’aggrave pas davantage le ralentissement économique au Canada. En guise d’exemple, au titre de ce Cadre, le gouvernement a racheté pour 69 milliards de dollars de titres hypothécaires afin de maintenir la disponibilité du crédit à long terme. En raison des répercussions de la tourmente financière sur les recettes et les dépenses, le déficit budgétaire du gouvernement s’est élevé à 5,8 milliards de dollars en 2008-2009, à 55,6 milliards de dollars en 2009-2010 et à 33,4 milliards de dollars en 2010-2011.

Annexe B — Tableau des recommandations

Les recommandations formulées au chapitre 3 sont présentées ici sous forme de tableau. Le numéro du paragraphe où se trouve la recommandation apparaît en début de ligne. Les chiffres entre parenthèses correspondent au numéro des paragraphes où le sujet de la recommandation est abordé.

Recommandation Réponse
Gestion des risques potentiels

3.51 Le ministère des Finances Canada devrait fournir une meilleure information financière aux participants aux marchés et développer ses outils de communication et de commercialisation ainsi que ses activités promotionnelles, dans le but de joindre une plus vaste clientèle d’investisseurs. (3.48-3.50)

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Le site Web du ministère des Finances Canada renferme un vaste éventail de documents sur les programmes d’emprunt et la stratégie d’endettement du Canada, ainsi que sur sa performance économique et financière. Le site Web de la Banque du Canada renferme quant à lui des détails sur les adjudications de titres d’emprunt du gouvernement du Canada. Cela dit, le Ministère et la Banque prévoient élargir l’éventail de renseignements sur les finances, l’économie et les emprunts qui sont offerts sur leur site Web, établir de meilleurs liens entre les deux sites, et améliorer l’organisation de cette information afin de la rendre plus facilement accessible. Le Ministère reconnaît l’importance de maintenir et de renforcer la réputation déjà solide du Canada sur les marchés financiers mondiaux, et il adoptera des mesures visant à s’engager davantage auprès des investisseurs du pays et de l’étranger à mesure que se présenteront des occasions.

Pour ce qui est de l’élargissement des activités de promotion, le Ministère signale que la base d’investisseurs de titres du gouvernement du Canada s’est accrue dans les dernières années, que les adjudications de titres d’emprunt ont été bien couvertes, et que les émissions d’obligations multimarchés du Canada en devises étrangères sont en très forte demande auprès des investisseurs sur la scène internationale. Le gouvernement n’optimiserait pas les fonds publics en consacrant des ressources nettement supérieures aux relations avec les investisseurs et aux activités de promotion connexes.

Présentation de l’information sur la dette portant intérêt

3.57 Le ministère des Finances Canada devrait améliorer les rapports qu’il présente à propos de la dette contractée sur les marchés en y intégrant l’analyse qui appuie le choix de sa stratégie de gestion de la dette ainsi que de l’information sur les résultats d’ensemble atteints par rapport aux résultats prévus. Ces améliorations contribueront à mieux informer les parlementaires, les Canadiens et les investisseurs des résultats réels de la stratégie de gestion de la dette. (3.54-3.56)

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Dans la mesure du possible, le ministère des Finances Canada visera à améliorer le contenu en information de ses rapports.

Nous tenons toutefois à signaler que comparativement à ses pairs, le Canada est déjà parmi les plus transparents pour ce qui est des rapports sur la gestion de la dette. La Stratégie de gestion de la dette et le Rapport sur la gestion de la dette figurent parmi les rapports les plus transparents des pays du G20 pour ce qui est de décrire la stratégie de la dette publique et de fournir des résultats sur le rendement. De nouveaux indicateurs ont été ajoutés aux récents rapports. Le Ministère publie aussi des évaluations externes des activités et des programmes de gestion de la dette exécutés dans le cadre du programme d’évaluation de la trésorerie. En outre, un certain nombre de documents sur le modèle stochastique servant à analyser la stratégie de la dette du gouvernement canadien figurent sur le site Web de la Banque du Canada.

3.62 Étant donné la somme importante que représentent les frais associés aux comptes de pension de retraite, et dans un souci de transparence accrue, le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et le ministère des Finances Canada devraient clarifier l’information sur les frais d’intérêt en établissant une distinction, dans le Budget des dépenses, entre les frais d’intérêt projetés sur la dette contractée sur les marchés et les autres frais d’intérêt. (3.58-3.61)

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Le ministère des Finances Canada travaillera en collaboration avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada afin de présenter une ventilation des frais d’intérêt et des autres coûts dans les prévisions budgétaires.

Réponse du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada — Recommandation acceptée. À compter du Budget des dépenses de 2012-2013, le ministère des Finances Canada fournira une ventilation des frais d’intérêts et des autres coûts qui sera publiée par le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

3.67 Le ministère des Finances Canada devrait chercher à obtenir des données provisoires sur le rendement réel des placements des caisses de retraite du secteur public afin de pouvoir évaluer de manière adéquate les effets sur l’excédent ou le déficit budgétaire, car plus l’actif sera important, plus les répercussions potentielles sur les frais d’intérêt s’accentueront. (3.63-3.66)

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Le ministère des Finances Canada collaborera avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada de manière à établir un processus de partage des renseignements financiers provisoires concernant les investissements des caisses de retraite du secteur public.

Le Ministère tient toutefois à signaler qu’il a déjà accès à une information suffisante pour évaluer comme il se doit l’impact des rendements des investissements sur le solde budgétaire. La valeur ajoutée de ces données financières provisoires est donc considérée comme étant minimale.

3.72 Le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et le ministère des Finances Canada devraient présenter, sous forme regroupée, une information claire et compréhensible sur les obligations liées aux régimes de retraite du secteur public (y compris la méthode et les hypothèses sous-jacentes), et ils devraient expliquer l’incidence de ces obligations sur les finances publiques. (3.68-3.71)

Réponse du ministère des Finances — Recommandation acceptée. Les Comptes publics du Canada visent à fournir des renseignements clairs et compréhensibles sur le passif des caisses de retraite du secteur public et au sujet de leur incidence sur les résultats financiers de l’État. Le ministère des Finances Canada collaborera avec le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada afin de trouver des façons d’améliorer la présentation des renseignements sur les caisses de retraite du secteur public dans les Comptes publics.

Réponse du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada — Recommandation acceptée. Les Comptes publics du Canada ont pour objet de fournir des données récapitulatives claires et compréhensibles à propos des responsabilités du gouvernement à l’égard des régimes de retraite du secteur public et à propos de leurs répercussions sur les résultats financiers du gouvernement. À partir de 2013, le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada recherchera, en collaboration avec le ministère des Finances Canada, des moyens d’améliorer la présentation des renseignements sur les régimes de retraite du secteur public dans les Comptes publics.

 


Définitions :

Besoins financiers — Écart entre les rentrées et les sorties de fonds de l’État. Le gouvernement peut combler un besoin financier en augmentant la dette contractée sur les marchés, par la vente de titres, ou en réduisant son encaisse. (Retourner)

Obligations liées aux régimes de retraite du secteur public — Obligations du gouvernement à l’égard des trois grands régimes de retraite qu’il offre, soit ceux de la fonction publique, des Forces canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada. (Retourner)

Liquidité du marché — État du marché reposant sur la présence de participants prêts et disposés à acheter et à vendre de grandes quantités de titres du gouvernement (si tel est le cas, on dira du marché qu’il est liquide). Lorsque les titres sont négociés en quantité suffisante, cela peut avoir pour effet de réduire les coûts d’emprunt du gouvernement. (Retourner)

Structure de la dette — Combinaison des types et des échéances des titres de la dette émis par le gouvernement, y compris, par exemple, les obligations à 30 ans et les bons du Trésor à court terme. (Retourner)

Refinancement de la dette — S’entend du renouvellement d’une part de la dette contractée sur les marchés qui arrive à échéance à une date donnée et qui doit être financée à nouveau. (Retourner)

Stratégie de gestion de la dette à moyen terme — Plan d’émission de titres sur trois à cinq ans adopté par le gouvernement pour obtenir une composition souhaitée de sa dette. (Retourner)

Risque de refinancement — S’entend du risque que la dette doive être refinancée à un coût plus élevé ou, dans les cas extrêmes, qu’elle ne puisse pas être refinancée. (Retourner)

Adjudication de titres du gouvernement — Processus utilisé pour vendre les titres d’emprunt émis par le gouvernement du Canada (surtout les obligations négociables et les bons du Trésor), suivant lequel les émissions sont vendues aux enchères à des institutions financières autorisées à participer au processus. (Retourner)

Analyse de sensibilité — Dans le cadre d’un test de fiabilité du modèle de gestion de la dette, l’analyse de sensibilité permet de déterminer comment différentes hypothèses influent sur les résultats que produit le modèle. (Retourner)

Simulation de crise — Technique de simulation utilisée sur un modèle ou un système pour voir comment il réagit à des scénarios différents, parfois hypothétiques et extrêmes. (Retourner)

Écart d’adjudication — Différence entre le rendement le plus élevé accepté et le rendement moyen au cours d’une adjudication. Un écart d’adjudication inférieur à 1 point de base fait état de la liquidité élevée des titres de dette et est considéré comme une indication de la performance générale des adjudications. (Retourner)

Rendement — Taux d’actualisation en fonction duquel le prix du marché d’un titre du gouvernement est égal à sa valeur actualisée. (Retourner)

Ratio de couverture — Valeur totale des offres reçues divisée par la valeur en dollars des titres ayant été adjugés. Un ratio élevé dénote généralement une forte demande et devrait donc se traduire par un rendement moyen plus faible à l’adjudication. Par exemple, un ratio de 2 signifie que les offres présentées par les participants aux marchés étaient deux fois plus élevées que la valeur en dollars des titres offerts par le gouvernement. (Retourner)

Budget des dépenses — Documents à l’appui des lois de crédits. Les dépenses effectuées par le gouvernement doivent être autorisées par le Parlement. Cette autorisation est donnée de deux façons : d’une part, par les lois de crédits annuelles, qui précisent les montants et les fins générales auxquelles ces fonds peuvent être dépensés; d’autre part, par d’autres lois particulières qui autorisent des paiements et fixent les montants et les délais pour ces paiements. Le Budget des dépenses offre des renseignements additionnels sur les dépenses votées figurant dans la loi de crédits. Les dépenses législatives prévues, y compris les frais d’intérêt, sont aussi présentées pour donner un tableau plus complet de l’ensemble des autorisations de dépenser pour l’exercice. (Retourner)

Comptes de pension de retraite — Caisses de retraite créées pour consigner les opérations associées aux années de service accumulées par les membres de la fonction publique, des Forces canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada avant le 1er avril 2000. Essentiellement, les comptes de pension de retraite sont des livres comptables prescrits par la loi; il n’y a pas d’actifs détenus dans ces comptes. (Retourner)

Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public — Office d’investissement fondé en 2000 et chargé de gérer l’actif des caisses de retraite du secteur public alimenté par les cotisations faites après 2000. (Retourner)

 

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